TÉMOIGNAGE FRANCEINFO. Syrie : "Tout le monde se sauve car il n'y a plus rien, plus personne", confie la mère d'une Française qui se trouvait dans le camp d'Aïn Issa

Un enfant dans le camp de déplacés de Aïn Issa, en Syrie, le 26 septembre 2019, avant la fuite de près de 800 personnes, annoncée le 13 octobre par les autorités kurdes.
Un enfant dans le camp de déplacés de Aïn Issa, en Syrie, le 26 septembre 2019, avant la fuite de près de 800 personnes, annoncée le 13 octobre par les autorités kurdes. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

Les autorités kurdes ont annoncé la fuite de près de 800 proches de jihadistes d'un camp de déplacés après un bombardement à proximité. Franceinfo a pu joindre la mère d'une des femmes françaises sur place.

"Nous, ça fait des mois qu'on alerte, qu'on demande à notre gouvernement par l'intermédiaire de nos avocats de rapatrier les petits avec leurs parents", témoigne lundi 14 octobre sur franceinfo, Louisa, 56 ans, vivant en France, dont la fille de 24 ans se trouvait dans le camp de déplacés d'Aïn Issa au nord de Raqqa, en Syrie. Un camp d'où 785 personnes, des familles de membres de Daech, ont fui, alors que l'offensive turque contre les Kurdes en Syrie se poursuit. Cette mère a pu joindre sa fille plusieurs fois par téléphone dimanche.

franceinfo : Votre fille vous a dit que ce sont les Kurdes qui ont ouvert les portes du camp ?

Louisa : Oui, ils se sont enfuis. Ma fille m'a dit que ce sont les Kurdes qui leur ont demandé de sortir. On les a fait sortir et on a brûlé leurs tentes pour qu'elles ne reviennent pas. Il est très difficile de communiquer. C'est difficile parce que les téléphones sont interdits dans les camps. Depuis l'offensive turque, les bombes tombent très près des tentes. Il y a la panique dans tout le camp. Tout le monde courait dans tous les sens. Tout le monde se sauve car il n'y a plus d'ONG, il n'y a plus rien, il n'y a plus personne. Elles sont à l'extérieur, dans le désert, parce que tout autour il n'y a rien. C'est le désert. Elle [ma fille] a son enfant, qui est très jeune, il a 23 mois. Il y a d'autres femmes françaises, dont une avec quatre enfants. Des enfants petits.

Elles sont en train d'errer dans le désert actuellement, ce sont les dernières nouvelles que vous avez eues ?

Voilà, c'est ça. Les femmes sont terrorisées. Elles ne parlent pas très bien l'Arabe, elles ne sont qu'entre femmes avec des enfants sans protection. Il y a des hommes qui leur proposent de l'aide, des Syriens armés. Qu'est-ce que vous voulez qu'elles fassent ? Ma fille est tellement en panique parce que ces femmes sont avec des enfants dans le désert. Elle a un petit peu d'argent. On lui a dit de rester ensemble avec les femmes françaises avec les enfants. Elle m'a dit : "Maman, si j'avais voulu m'enfuir je l'aurais fait depuis longtemps."

Cela fait longtemps qu'elle est dans ce camp ?

Cela fait presque deux ans qu'elle est dans ce camp. Elle voulait faire les choses normalement, attendre que les forces syriennes libres les récupèrent ou les Turcs. "Que faire maman ?", me demande-t-elle. "Est-ce que je me dirige vers le nord où il y a les Turcs ?" Je lui ai dit : "N'y vas pas, il y a des bombardements." Elle risque de mourir sous les bombardements avec des petits, c'est terrible. Nous, ça fait des mois qu'on alerte, qu'on demande à notre gouvernement par l'intermédiaire de nos avocats de rapatrier les petits avec leurs parents, qu'ils puissent s'expliquer, qu'ils puissent parler à la justice française. Et là, on les laisse complètement démunis. C'est inhumain de laisser des personnes comme ça sans aide, sans rien dans le désert, des enfants et des femmes françaises.

Le témoignage franceinfo de Louisa
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