"Le moins cher, c'est 600 dollars" : des passeurs profitent de la montée des tensions à la frontière entre la Turquie et la Syrie

De la fumée s\'échappe de la ville de Saraqib dans la partie orientale de la province d\'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 27 février 2020 (photo d\'illustration). 
De la fumée s'échappe de la ville de Saraqib dans la partie orientale de la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 27 février 2020 (photo d'illustration).  (AREF TAMMAWI / AFP)

En Syrie, de nombreux civils tentent de franchir la frontière avec la Turquie. Les civils cherchent à quitter la province d'Idlib où le régime syrien mène une offensive. 

Regain de tension à Idlib en Syrie, une trentaine de soldats turcs ont été tués jeudi 27 février dans la région par des frappes aériennes attribuées par les autorités turques au régime syrien. La situation est de plus en plus intenable pour les civils coincés dans l'enclave entre l’offensive du régime, soutenue par la Russie, et la frontière turque. Cette dernière reste fermée malgré les propos, vendredi 28 février, d'un haut responsable turc évoquant la menace de laisser passer les migrants vers l'Europe. Et pendant que les civils syriens cherchent à fuir par tous les moyens, les passeurs se frottent les mains.

3 000 dollars le laissez-passer

À la frontière, à Reyhanli, Omar est arrivé d’Idlib il y a deux jours grâce à un réseau de passeurs. "Ils nous ont amenés à la frontière. On a franchi le mur pendant la pause déjeuner des soldats turcs, raconte le jeune homme de 25 ans. On a couru 200 mètres à découvert. On s'est caché dans un fossé et une voiture est venue nous récupérer."

Il a payé 600 dollars pour quitter l'enfer d'Idlib. "Le moment où j'ai vraiment eu peur, c'est le passage du mur car c'est le plus dangereux. Les soldats turcs peuvent te voir et tirer", explique Omar en acceptant de donner le contact de son passeur. L'homme refuse catégoriquement de rencontrer un journaliste, mais par téléphone, il donne les tarifs : "Si c'est par le poste frontière, il n'y a pas de danger. On fait un faux laissez-passer, mais c'est 3 000 dollars. Sinon, pour 2 000 dollars, tu passes le mur et on s'arrange pour que les soldats turcs ferment les yeux." 

Le passeur explique que "le moins cher, c'est 600 dollars", une formule sans complicité, qui est aussi la plus risquée. "S'ils t'attrapent, tu te fais tabasser et tu es renvoyé en Syrie, s'ils ne tirent pas. On ne sait pas ce qui peut arriver parce qu'aujourd'hui, la situation est très tendue et les Turcs sont très stricts", met en garde le passeur, en ajoutant que malgré cela, les candidats au départ ne manquent pas vue la situation désastreuse à Idlib.

Des passeurs profitent de la montée des tensions à la frontière entre la Turquie et la Syrie - Le reportage d'Aurélien Colly
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