Les atermoiements de la diplomatie dans la crise syrienne

Le président syrien Bachar al-Assad reçoit l\'émissaire international Kofi Annan, le 10 mars 2012 à Damas.
Le président syrien Bachar al-Assad reçoit l'émissaire international Kofi Annan, le 10 mars 2012 à Damas. (AFP PHOTO/HO/SANA)

La déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU qui soutient la médiation de l'envoyé spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, pour faire cesser les violences en Syrie, a été adoptée à l’unanimité des 15 membres, le 21 mars 2012. Une avancée même si le chemin qui mène à la paix est encore long.

Ce texte onusien, présenté par Paris, a été adopté par consensus, sans possibilité de veto. Si une résolution du Conseil de sécurité est contraignante, une déclaration ne l'est pas. Ceci expliquant cela ? Elle a reçu l’aval de la Russie et de la Chine.

En substance, il est dit que les autorités syriennes doivent cesser les violences et la répression, permettre à l’aide humanitaire de parvenir aux populations qui en ont besoin, et s’engager au dialogue pour trouver une solution politique durable.

La France
Paris, qui souhaite toujours une résolution du Conseil, voulait qu’apparaisse un volet politique au texte en plus d’un cessez-le-feu à visée humanitaire.

Le 20 mars 2012 sur France 2, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a loué le «triple objectif» du texte adopté le lendemain. Il a de nouveau défendu l'idée de ne pas armer les rebelles pour éviter tout risque de guerre civile et écarté toute intervention militaire extérieure sans mandat de l'ONU.

 

Le 19 mars 2012, Bab al-Sibaa, banlieue de Homs, en feu.
Le 19 mars 2012, Bab al-Sibaa, banlieue de Homs, en feu. (YouTube / AFP)

 

La Russie et la Chine
La Russie refusait toute référence dans un texte commun au plan de paix proposé le 22 janvier 2012 par la Ligue arabe évoquant le changement de régime. Moscou posait comme condition qu’il n’y ait ni ultimatum ni menaces.

Fidèles alliés de Damas, Moscou et Pékin avaient opposé leur veto à deux projets de résolution sur la Syrie, en octobre 2011 et en février 2012.

Le 16 mars 2012, Moscou par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, indiquait utiliser ses contacts avec le régime de Bachar al-Assad pour pousser la Syrie à collaborer avec Kofi Annan. Mais d’ajouter qu’il comptait sur le soutien de toutes les forces du Conseil de sécurité pour envoyer des signaux à Damas. Entendre: ce n’est pas seulement à la Russie et à la Chine de le faire. Comprendre : aux autres membres du Conseil de demander à l'opposition syrienne de ne pas provoquer d’escalade de la violence.

Le 20 mars, laissant penser que la Russie pourrait ne plus apporter son soutien à Bachar al-Assad, Sergueï Lavrov déclarait à la veille du vote : «Les choses qui actuellement vont dans le bon sens arrivent trop tard.» Il avait accusé quelques jours auparavant Bachar al-Assad de commettre des erreurs et d'être trop lent dans ses réformes, prenant déjà ses distances avec Damas.

A Pékin, l'adoption du texte a été saluée comme une évolution positive vers une résolution politique de la crise. Et d’appeler le régime syrien et toutes les parties à «mettre fin immédiatement à la violence». Dont acte.

 

Kofi Annan évoque le cas Syrien et appelle l'ONU à l'union


AFP, le 16 mars 2012


La Ligue arabe
Devant l’étendue de la crise, la Ligue arabe a appelé la Syrie à «mettre fin à l’effusion de sang et à suivre la voie de la raison avant qu'il ne soit  trop tard» dès le 27 août 2011.

En novembre, face à l’intransigeance du régime d’al-Assad, elle suspend la participation de la Syrie à ses travaux.

Résultat des blocages successifs : l’organisation annonce un soutien politique et matériel à l'opposition, demande au Conseil de sécurité une force conjointe arabo-onusienne et met fin à sa mission d'observateurs, déployée fin décembre.


L’Union européenne
Bruxelles a pris quelque douze trains de sanctions visant les intérêts syriens, aussi bien la banque centrale que le commerce de métaux précieux ou les vols fret depuis le début du conflit.

Outre des sociétés proches du régime sanctionnées, la famille al-Assad et des proches du pouvoir ont vu leurs avoirs gelés et sont interdits de visas pour l’Europe. Près de 150 personnes et organisations font déjà l'objet de gels d'avoirs et d'interdictions de visas en Europe.

L’opposition syrienne
Le Conseil national syrien (CNS), coalition de courants politiques opposés au régime, est créé le 2 octobre 2011. Fin février 2012, il appelle «les Amis de la Syrie» à équiper militairement l'Armée syrienne.

Le CNS, qui prônait des mesures plus fermes, rejette la déclaration de l'ONU, estimant qu’elle ne répond pas aux besoins des Syriens.

Aux critiques, le porte-parole du quai d’Orsay Bernard Valero, souligne que Paris attend du CNS une participation active à la mobilisation et des efforts pour unifier l'opposition.


Une diplomatie à petits pas
Aujourd’hui, le bain de sang qui a fait plus de 9.000 morts depuis le 15 mars 2011, se poursuit en dépit des efforts diplomatiques et de l’appel de l’Onu à un cessez-le-feu immédiat.
   
Prochain round de négociations, le 1er avril à Istanbul, en Turquie, ancien allié de Damas. Son territoire est devenu le refuge de l’opposition et de quelque 17.000 réfugiés syriens.

Selon Bernard Valero, les «Amis de la Syrie» essaieront «de traduire en actes les déclarations adoptées» en vue de renforcer le soutien à la mission de médiation de Kofi Annan.

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