Ghassan Hitto, l’homme du Qatar à la tête de l’opposition syrienne

Le Premier ministre intérimaire de la CNS, Ghassan Hitto, le 27 mars 2013 au Qatar.
Le Premier ministre intérimaire de la CNS, Ghassan Hitto, le 27 mars 2013 au Qatar. ( AFP PHOTO/KARIM SAHIB )

Le 26 mars 2013, l'opposition syrienne obtenait le siège de la Syrie au sommet arabe de Doha. Dans la délégation envoyée au Qatar se trouvait le Premier ministre intérimaire fraîchement élu à la tête de la Coalition nationale syrienne (CNS), Ghassan Hitto. Un homme, proches des Frères musulmans, vu comme le candidat du Qatar.

Son prédécesseur, Ahmad Moaz al-Khatib, également présent, avait annoncé deux jours plus tôt sa démission de l'instance, reconnue par une douzaine d'Etats et d'organisations comme représentante légitime du peuple syrien.
 
Une démission qui cache des dissensions
Il semblerait que la nomination de Hitto, considéré comme un proche des islamistes, ait fragilisé Ahmad Moaz al-Khatib, ancien imam de la mosquée des Omeyyades. Ce dernier a justifié son départ pour protester contre l'inaction de la communauté internationale et du soutien de certains pays à l'opposition aux seules fins «de tenter de contrôler la révolte».
 
Ahmad Moaz Al-Khatib a toutefois accordé son «entière confiance» à Ghassan Hitto. Et ce, même s’il reprochait au Qatar d'avoir imposé cet homme, soutenu par les Frères musulmans, face à un autre candidat soutenu, lui, par Ryad.
 
Ces rebondissements mettent en lumière les dissensions au sein de cette opposition syrienne et la lutte d’influence entre les pro-Saoudiens, garants de la politique américaine, et les pro-Qataris, soutenus par les Turcs (en quête d’influence régionale) et proches des Frères musulmans.


Hitto perçu aux USA comme un islamiste libéral
Né en 1964 à Damas, d’origine kurde, Ghassan Hitto a travaillé jusqu'en 2012 comme cadre dirigeant dans une compagnie texane de télécommunications aux Etats-Unis, où il vivait depuis le début des années 80. Il y était arrivé adolescent avec sa famille.
 
Diplômé de l'Université Purdue (à La Fayette, dans l’Indiana) en informatique et en mathématiques, il est marié à Suzanne avec laquelle il a eu quatre enfants, nés aux Etats-Unis, et naturalisés, comme lui-même, américains. Fan de football US, il suit les Cowboys de Dallas.
 
Ghassan Hitto, impliqué depuis des années dans plusieurs organisations caritatives islamiques aux USA, est perçu par la direction de la Brighter Horizons Academy, une école islamique du Texas, qu’il a dirigée et où son épouse a enseigné l’anglais, comme un musulman libéral, un «homme pratique avec une grande expérience de la gestion» et «toujours ouvert d'esprit et ouvert au débat».
 
Départ pour la Turquie il y a cinq mois
En novembre 2012, il a quitté son emploi à Dallas pour s’installer en Turquie et rejoindre les rangs de l'opposition. Il s'est alors impliqué dans l'assistance humanitaire à la population syrienne. Tout comme son fils Obaida qui est entré en Syrie pour aider la rébellion.
 
Même s'il est présenté comme un homme de consensus, il est loin cependant de faire l'unanimité dans les rangs de la coalition tout comme ceux de la population syrienne. Cette dernière se méfie d’une possible mainmise des Syriens de l’étranger sur leur pays. Quand bien même ils auraient fui par le passé le régime alaouite.

 
Du pain sur la planche
Cela dit, alors que les bailleurs de fonds occidentaux restent réticents à fournir du matériel militaire à la CNS, l’expérience de Hitto aux Etats-Unis, en particulier comme dirigeant d'entreprise, peut être un élément qui rassurera les bailleurs de fonds internationaux.
 
D’ailleurs, les responsables occidentaux, britanniques, français et américains en tête ont salué sa nomination comme Premier ministre d'un gouvernement provisoire que d’aucuns disent pourtant voué à l’échec.
 
Il lui faudra maintenant réunir une opposition fragmentée, obtenir un soutien international et gagner la confiance des Syriens méfiants à l’égard d’un dirigeant issu de la diaspora syrienne.
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