Charte contre les inégalités : "Le modèle économique d'aujourd'hui ne peut plus tenir dans la durée", selon le PDG de Danone

Emmanuel Faber, PDG de Danone, devant l\'Élysée le 23 août 2019.
Emmanuel Faber, PDG de Danone, devant l'Élysée le 23 août 2019. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

À la veille de l'ouverture du G7 à Biarritz, Emmanuel Faber, PDG de Danone, a été reçu par Emmanuel Macron. Il s'est confié à franceinfo à la sortie de cet entretien.

Emmanuel Macron veut faire du G7 qui débute samedi 24 août à Biarritz un sommet pour lutter contre les inégalités. Pour ce faire, le chef de l'État compte sur les multinationales. Il a fait appel au PDG de Danone, Emmanuel Faber, qui a rassemblé autour de son entreprise 33 autres multinationales françaises et étrangères. Elles s'engagent sur une charte contre les inégalités. Selon le PDG de Danone, invité de franceinfo à la veille du début du sommet du G7, c'est "une prise de conscience" nécessaire de grandes entreprises, car "le modèle économique d'aujourd'hui ne peut plus tenir dans la durée" et "il est important d'en construire un autre."

franceinfo : L'Amazonie brûle depuis trois semaines. Est-ce que les multinationales ont aussi leur part de responsabilité ?

Emmanuel FaberIl ne peut pas y avoir d'économie durable s'il n'y a pas des entreprises qui agissent de façon durable. Il ne peut y avoir d'économie inclusive s'il n'y a pas des entreprises qui agissent de façon inclusive. Il n'y a pas de système, il y a un modèle dans lequel des grandes entreprises, des plus petites, l'ensemble de ce que nous avons construit depuis des années arrive à sa limite.

La mondialisation, la croissance économique, l'économie de marché ont sorti de la pauvreté des centaines de millions de personnes, mais on voit bien qu'aujourd'hui on a atteint des limites. Il y a des choses qu'on ne savait pas sur les limites de ce modèle, y compris d'ailleurs sur le plan climatique et aujourd'hui la justice climatique et la justice sociale sont intimement liées.

Notre conviction c'est qu'on ne peut plus laisser aux seuls gouvernements le soin de redistribuer ce qui doit l'être pour que les choses soient durables ou partagées, et le soin aux seules ONG et associations de la société civile de faire la même chose à leur façon. Il faut absolument inscrire dans le modèle même des entreprises, le fait qu'elles développent des activités qui soient plus inclusives à partir de leur modèle.

La France ne ratifiera pas le traité Mercosur, le traité de libre-échange entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Comment accueillez-vous cette décision ?

Sur la question du Mercosur, au moment où l'accord a été signé, j'ai dit publiquement que ça ne tiendrait que si on mettait en place des systèmes d'écluses sur les prix agricoles à l'entrée et à la sortie de l'Union européenne. Ces systèmes doivent tenir compte du caractère régénératif et sain pour la planète des agricultures dont ils sont issus. C'est la réforme de la politique agricole commune qui le permettra l'année prochaine. Ce sont des discussions que nous avons d'ores et déjà engagées avec le gouvernement et au niveau de l'Union européenne parce que c'est fondamental pour le futur.

Pensez-vous que l'économie de marché est la cause de l'effondrement écologique ?

Il faut rentrer dans des réglages différents, dans un ADN différent. Les grandes entreprises comme les petites (...) avons un vrai rôle à jouer pour que cela se passe. Notre initiative est celle de grandes entreprises, mais elle n'est pas la seule et elle ne peut pas être la seule. Elle ne résoudra pas les problèmes, mais elle consiste simplement à ce que chacun essaye de faire sa part dans ce travail qui est un travail collectif.

Parmi les 34 signataires de cette charte, on trouve les banques JP Morgan et Goldman Sachs jugées en partie responsables de la crise des subprimes en 2008. Peut-on douter de leur volonté un peu subite de réduire les inégalités ?

Que les grandes banques et les institutions financières aient une part de responsabilité majeure dans ces crises financières, c'est clair pour moi. (...) Quand il y a des prises de conscience, des choses qu'on ne savait pas dont on n'était pas conscient, des consensus sociaux qui évoluent sur des sujets, l'économie doit suivre. Donc les entreprises changent. Aujourd'hui, les grandes banques qui rejoignent cette coalition ne le rejoignent pas parce qu'elles ont idéologiquement changé, c'est parce que nous sommes persuadés que le modèle économique d'aujourd'hui ne peut plus tenir dans la durée et qu'il est important d'en construire un autre.

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