Syrie: le coup de semonce de Trump à Assad et ses alliés, Poutine et Khamenei

Les carcasses de deux avions syriens brûlés après le tir de tomahawks américains contre la base aérienne de Chaayrat, photographiés par un reporter russe qui a pu se rendre sur place le 7 avril 2017.
Les carcasses de deux avions syriens brûlés après le tir de tomahawks américains contre la base aérienne de Chaayrat, photographiés par un reporter russe qui a pu se rendre sur place le 7 avril 2017. (Mikhail Voskresenskiy/Sputnik)

Rompant avec le refus de son prédécesseur de faire jouer à l’Amérique le rôle de gendarme du monde, Donald Trump a frappé unilatéralement la Syrie, en représailles à l’usage d’arme chimique contre la localité de Khan Cheikhoun. Un coup de semonce à l’attention de Bachar al-Assad et à ses principaux soutiens russe et iranien. Les deux ont réagi en condamnant une violation du droit international.


«Ce qu’Assad a fait est terrible. Ce qui s’est passé en Syrie est une honte pour l’humanité et il est au pouvoir, donc je pense que quelque chose devrait se passer». C’est ainsi qu’en quelques mots, le président américain a annoncé son revirement sur le dossier syrien. C’est ainsi également qu’il a annoncé l’imminence de représailles contre le régime syrien pour avoir fait usage de gaz sarin contre la population de Khan Cheikoun, faisant près d’une centaine de morts dont de nombreux enfants.

Trump rétablit la diplomatie de la canonnière
Une poignée d’heures plus tard, dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, une soixantaine de missiles Tomahawk étaient tirés depuis la flotte américaine en Méditerranée contre l’aéroport militaire de Chaayrat, près de Homs, d’où étaient partis les avions syriens pour leur mission de mort. Une frappe qui a fait neuf morts selon Damas, et détruit neuf avions selon le correspondant de la télévision russe qui s’est rendu sur place.
 
Une rupture de Donald Trump avec la politique de désengagement suivie jusque là par Barack Obama. Un virage dont il a informé lui même le président chinois Xi Jinping en visite chez lui en Floride. Un véritable choc en tout cas pour l’opinion mondiale. Mais pas une surprise pour le Kremlin, qui avait été prévenu à l’avance «via la ligne de communication spéciale établie entre les militaires américains et russes pour éviter les incidents en Syrie», selon le Pentagone.
 
Plus qu’une simple mesure de rétorsion à l’égard d’Assad que Trump appelle désormais «le dictateur», il s’agissait pour Washington d’amener les Russes à réfléchir «vraiment bien à la poursuite de leur soutien au régime Assad», comme l’a dit le secrétaire d’Etat américain. Rex Tillerson parle même désormais «d’un processus politique qui conduirait au départ d’Assad»

L\'ambassadrice des Etats-Unis à l\'ONU, Nikki Haley, brandissant le 5 avril 2017 devant le Conseil de sécurité les photos des victimes du bombardement chimique du régime contre Khan Cheikhoun, qui auraient fait basculer Donald Trump dans la politique de la canonnière contre le «dictateur», Bachar al-Assad.
L'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Nikki Haley, brandissant le 5 avril 2017 devant le Conseil de sécurité les photos des victimes du bombardement chimique du régime contre Khan Cheikhoun, qui auraient fait basculer Donald Trump dans la politique de la canonnière contre le «dictateur», Bachar al-Assad. (TIMOTHY A. CLARY/AFP)
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Poutine avait été prévenu du coup   
Bien que tenu informé d’une frappe militaire contre son protégé, Vladimir Poutine n’a pu réagir que sur le plan diplomatique. Il a estimé, selon son porte-parole, Dmitri Peskov, que l’attaque américaine était «une agression contre un Etat souverain, en violation des normes du droit international» et «une tentative de détourner l’attention de la communauté internationale des nombreuses victimes civiles en Irak».
 
C’est pourtant le même Preskov qui avait déclaré, entre le bombardement chimique de Khan Cheikhoun et les tirs de Tomahawks contre Chaayrat, que le soutien de Moscou à Damas «n’était pas inconditionnel». Et comme pour se dédouaner du dernier méfait de son allié syrien, il avait ajouté : «Il n’est pas correct de dire que Moscou peut convaincre Monsieur Assad de faire tout ce que Moscou veut».
 
Pour l’heure, outre la convocation en urgence d’une réunion du Conseil de sécurité, la riposte russe consiste à suspendre le mécanisme de prévention des incidents entre avions russes et américains dans l’espace aérien syrien et à maintenir la présence des forces aériennes russes en Syrie pour soutenir les opérations «anti-terroristes» du régime.

Téhéran accuse Washington de bafouer les règles internationales 
L’Iran, autre allié indéfectible d’Assad, a bien reçu lui aussi le message d’un Donald Trump devenu brusquement interventionniste. Déjà brouillé avec Washington sur les questions d’immigration, de programme nucléaire et autres essais de missiles balistiques, Téhéran a très vite condamné «vigoureusement» la frappe américaine contre la base militaire de Chaayrat.
 
Utiliser le prétexte de l’utilisation d’armes chimiques «pour mener des actions unilatérales est dangereux, nuisible, et un non-respect des règles internationales», a souligné Bahram Ghassemi, le porte parole de la diplomatie iranienne.
 
A l’inverse, Israël, convaincu «avec une certitude à 100%» que l’attaque chimique a été conduite sur «ordre prémédité et direct du président syrien», selon le ministre de la défense Avigdor Lieberman, s’est aussitôt félicité de la frappe américaine. Le premier ministre, Benjamin Netanyahu, a même espéré que «ce message résolu, face aux actions horribles du régime Assad, résonnera non seulement à Damas, mais à Téhéran, à Pyonyang et ailleurs».
 
Ankara, Tokyo, Londres, Paris et Berlin ont eux aussi approuvé l’attaque américaine comme «réponse appropriée à l’attaque barbare à l’arme chimique» pour le Foreign Office, et comme «avertissement» au président syrien selon le chef de la diplomatie française, Jean Marc Ayrault.

Hollande appelle à la poursuite de la réponse américaine dans le cadre de l'ONU 
Plus encore, pour le France, la «réponse» américaine doit être «poursuivie au niveau international» a déclaré le président François Hollande, «dans le cadre des Nations Unies, si possible» a-t-il ajouté.
 
Un souhait comme en écho au basculement du président américain, qui s’était opposé en 2013 aux vélléités d’intervention d’Obama après un premier massacre au chimique dans la Ghouta de Damas. «J’appelle les nations civilisées à se joindre à nous pour mettre fin au massacre et au bain de sang en Syrie, a déclaré Donald Trump le 6 avril au soir, et aussi pour en finir avec le terrorisme sous toutes ses formes.» 
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