Succès des tests de l'Internet "souverain" russe : "La Russie formalise le territoire numérique de la Fédération de Russie"

Un clavier d\'ordinateur (illustration).
Un clavier d'ordinateur (illustration). (FRED TANNEAU / AFP)

Le régime de Vladimir Poutine vient de réaliser des tests qui pourraient lui permettre de se couper numériquement du monde. Leur but : "reprendre la main sur les infrastructures en cas de contamination", affirme sur franceinfo Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité.

La Russie dit avoir testé avec succès son Internet "souverain", des équipements qui doivent permettre au pays d'isoler son Internet des serveurs mondiaux, et d'ainsi garantir son fonctionnement en cas de cyberguerre, par exemple.

"La Russie formalise le territoire numérique de la Fédération de Russie", affirme vendredi 27 décembre sur franceinfo Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité et auteur de La Cybersécurité aux Presses Universitaires de France (PUF).

franceinfo : Comment fonctionne cet Internet souverain ?

Nicolas Arpagian : C'est un isolement technique. Jusqu'à présent, on filtrait des sites Internet l'accès à des informations, à des données. Là, c'est un contrôle des infrastructures, qui a été structuré par une loi adoptée à l'automne dernier, entrée en vigueur au 1er novembre 2019. L'idée, c'est d'appliquer la souveraineté de l'Etat. L'Etat, c'est un droit qui s'exerce sur une population rassemblée sur un territoire. La Russie formalise le territoire numérique de la Fédération de Russie, en considérant qu'elle doit pouvoir maîtriser la sécurité, la durabilité en quelque sorte, de cet Internet, en faisant en sorte de détourner les connexions Internet vers des équipements maîtrisés par l'administration russe.

Quel est le but de cet Internet "souverain" ?

Le but, en effet, c'est de reprendre la main sur les infrastructures, en cas de contamination à grande échelle par exemple, de pandémie si on fait l'analogie avec le monde médical. Le but, c'est de dire que si une cyberattaque venait de l'étranger, nous pourrions nous déconnecter, en quelque sorte. C'est de montrer que l'économie numérique russe, les communications russes, pourraient être maîtrisées par l'Etat, puisque dans la loi sur la souveraineté d'Internet, on accorde le pouvoir de déconnexion sans nécessité de justification précise, au nom de la "sécurité nationale", une notion extrêmement large. C'est faire en sorte de pouvoir, à un moment, couper, filtrer. Ça devient un gigantesque Intranet, un peu comme dans une entreprise : la direction numérique est capable de savoir l'usage de ce que fait chacun de son ordinateur, peut couper l'accès de certains à certains sites...  Ça devient un outil interne maîtrisé de bout en bout. C'est un travail qui a commencé depuis 2015. Depuis, la Russie teste des solutions techniques, de manière à pouvoir passer à l'échelle d'un pays gigantesque, avec des infrastructures techniques extrêmement complexes. On n'a pas encore de détails sur les modalités techniques, puisqu'il est prévu une présentation au président Poutine début 2020, de manière à rendre davantage publique la nature de cette organisation.

On voit ces technologies se développer en Chine, en Iran, en Arabie Saoudite... Est-ce que ça va être dans les prochaines années l'un des grands sujets de l'Internet mondial ?

C'est la volonté de prolonger la souveraineté dans la sphère numérique, dans le cyber-espace. Jusqu'à présent, sur leurs routes, leurs espaces aériens et maritimes, les Etats estiment devoir et pouvoir exercer leur souveraineté. Ils veulent que ça puisse être le cas sur le cyber-espace. La seule chose c'est qu'autant la Russie a des entreprises, des réseaux sociaux et des moteurs de recherche d'essence russe, créés par des entrepreneurs et le secteur privé russes, autant là il s'agit de prendre la main sur les infrastructures afin de ne pas être dépendant d'actions conduites par des pays étrangers.

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