Soupçons d'ingérence russe en France : Emmanuel Macron "reprend une ligne plus dure", estime un spécialiste de la Russie

Emmanuel Macron le 15 février 2020 à Munich (Allemagne).
Emmanuel Macron le 15 février 2020 à Munich (Allemagne). (TOBIAS HASE / DPA)

En visite à Munich en Allemagne pour la conférence sur la sécurité, le président français Emmanuel Macron a envoyé un message de fermeté envers la Russie.

Le président français Emmanuel Macron a estimé samedi à Munich que la Russie "allait continuer à essayer de déstabiliser" les démocraties occidentales en s'ingérant dans leurs élections et en manipulant les réseaux sociaux. Invité de franceinfo, dimanche 16 février, Cyrille Bret, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la Russie, estime qu'Emmanuel Macron "reprend une ligne plus dure", dans un esprit plus "transatlantique" vis-à-vis de Moscou. Il souligne aussi qu'en Russie, "les grands acteurs du hacking ne sont pas étatiques" et qu'"internet, c'est vraiment le nouveau champ de bataille idéologique et politique".

franceinfo : Comment interprétez-vous ces les déclarations d'Emmanuel Macron ? C'est de la vigilance, de la menace, un peu des deux ?

Cyrille Bret : C'est un signal envoyé à la Russie pour lui demander de limiter ses ingérences dans les processus électoraux en Europe et aux États-Unis. Emmanuel Macron, après l'esprit de Brégançon [où il avait invité le président Vladimir Poutine en août 2019], qui était plutôt celui d'un rapprochement avec la Russie, reprend une ligne plus dure, plus conforme à l'esprit de la conférence de Munich, qui est un esprit plus "otanien", plus transatlantique.

Quand il parle de la Russie, de qui parle-t-il ? De hackers, de militants, ou directement de Vladimir Poutine ? Avant le premier tour de la campagne présidentielle de 2017 en France, l'équipe du candidat Macron avait été la cible d'un piratage de grande ampleur, les "MacronLeaks".

On a tendance à surestimer l'unité de la Russie. Les services de sécurité se sont équipés évidemment de moyens d'action sur internet et dans les médias. Mais en Russie, les grands acteurs du hacking ne sont pas étatiques et ne sont pas directement inféodés à telle ou telle priorité politique. C'est toute la complexité de la cyberdéfense : il est très difficile de savoir qui vous attaque. Il est très difficile d'établir les chaînes de commandement précises de ces interventions. Des attaques avaient été redoutées et constatées pendant la campagne pour les élections européennes l'année dernière, et dans d'autres scrutins, en Europe centrale, orientale, au Moyen-Orient. Internet, c'est le nouveau champ de bataille idéologique et politique.

Emmanuel Macron avait d'abord initié un rapprochement avec Vladmir Poutine. La relation entre la France et la Russie n'arrête pas d'évoluer ?

Emmanuel Macron suit la même trajectoire que Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande. A l'égard de la Russie, la position de la France varie entre fermeté et rapprochement au gré des circonstances et de la défense des intérêts nationaux. Il y a une cohérence avec l'évolution de la situation, car la Russie ne s'interdit pas de varier considérablement dans son attitude à l'égard de la France, de l'Allemagne, et passe par des phases de rapprochement, de tension. En France, elle essaye de rassembler autour d'elle des parlementaires, des journalistes, des groupes d'influence qui lui sont favorables, notamment pour le démantèlement des sanctions. C'est une variation pragmatique, assez peu idéologique. Paris et Moscou ont des vues qui convergent très largement sur plusieurs dossiers, comme sur le nucléaire iranien. L'affrontement n'est pas général, mais les convergences ne peuvent pas non plus être totales.

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