Trois questions sur le scandale de pédophilie qui agite le foot anglais

Les joueurs du match Chelsea-Tottenham entrent sur la pelouse de Stamford Bridge, le 26 novembre 2016, à Londres (Royaume-Uni).
Les joueurs du match Chelsea-Tottenham entrent sur la pelouse de Stamford Bridge, le 26 novembre 2016, à Londres (Royaume-Uni). (REUTERS)

Depuis la mi-novembre, plus de 300 victimes présumées se sont signalées auprès des autorités. Ils auraient été abusés par d'anciens entraîneurs ou recruteurs.

Le Royaume-Uni fait face à l'un des plus grands scandales de pédophilie de son histoire. Déjà secoué par l'affaire Jimmy Savile, du nom d'un ancien animateur de la BBC qui aurait abusé près de 200 enfants, le pays vit, depuis la mi-novembre, au rythme d'accusations touchant cette fois le monde du football. Franceinfo vous résume ce dossier, marqué, vendredi 2 décembre, par de nouveaux éléments.

Comment est né ce scandale ?

Tout est parti, le 16 novembre, des révélations de l'ancien défenseur professionnel Andy Woodward, qui a raconté son calvaire dans le Guardian (en anglais). L'ancien joueur de 43 ans dit avoir été abusé sexuellement, lorsqu'il était enfant, par son entraîneur Barry Bennell. Il décrit sa carrière marquée par la dépression, ses crises de panique sur le terrain, au point de raccrocher les crampons dès l'âge de 29 ans. "Ma vie a été ruinée jusqu'à ce que j'atteigne 43 ans. Combien d'autres sont dans ce cas ?", a-t-il interrogé.

L\'ancien footballeur Andy Woodward sur le plateau de l\'émission \"Good Morning Britain\", le 23 novembre 2016, à Londres.
L'ancien footballeur Andy Woodward sur le plateau de l'émission "Good Morning Britain", le 23 novembre 2016, à Londres. (KEN MCKAY / ITV / SHUTTERST / SIPA)

Ce n'est pas la première fois que Barry Bennell est ainsi accusé. Il a été condamné à plusieurs reprises entre 1994 et 2015, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, pour des agressions sexuelles sur de jeunes footballeurs, certaines remontant à 1990.

Comment l'affaire a-t-elle pris de l'ampleur ?

Dans la foulée du témoignage d'Andy Woodward, plus de vingt joueurs professionnels, dont plusieurs anciens internationaux, ont pris la parole pour raconter qu'ils avaient été agressés sexuellement par un entraîneur ou un recruteur lorsqu'ils étaient enfants. Attaquant de Chelsea entre 1978 et 1981, Gary Johnson a même affirmé, vendredi 2 décembre, avoir été payé 50 000 livres (59 300 euros) par le club londonien, en 2015, en échange de son silence sur les agressions sexuelles dont il aurait été victime de la part d'un recruteur.

Plus largement, 350 victimes présumées d'actes de pédophilie dans le football britannique, pour la plupart anonymes, se sont signalées auprès des autorités. Ce chiffre agrège les victimes ayant contacté la police directement et celles passées par la hotline d'assistance téléphonique mise en place par une organisation de protection des mineurs. Cette dernière a reçu 860 appels en une semaine.

"Nous continuons à encourager ceux qui ont été victimes d'agressions sexuelles quand ils étaient enfants à le dire, peu importe le temps passé depuis les faits", a affirmé la police, jeudi.

Comment la justice et le monde du foot ont-ils réagi ?

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes par Scotland Yard, mais aussi dans les régions de Londres, Manchester, Cambridge, Birmingham, Liverpool, Norwich, Newcastle, en Ecosse et dans le pays de Galles du Nord.

Des clubs, dont Chelsea, ont décidé d'enquêter sur le sujet. La fédération anglaise de football a également ouvert sa propre enquête, qu'elle a confiée à une avocate spécialiste de la protection de l'enfance. Elle promet de dédommager les victimes si jamais l'enquête montre des fautes de l'institution, et de punir les clubs, "peu importe leur taille"

Si la fédération anglaise dit "douter" qu'il y ait eu des "dissimulations", elle doit faire face, au même titre que plusieurs clubs, à une vague d'accusations, entre volonté de protéger leur réputation et simple incompétence. Selon la réalisatrice d'un documentaire de Channel Four, la FA aurait notamment mis sous le tapis, en 2005, une enquête et une liste de 250 victimes présumées.