Brexit : pourquoi la Première ministre britannique Theresa May est plus isolée que jamais

La Première ministre Theresa May sort de son domicile au 10 Downing Street, le 25 mars 2019 à Londres (Royaume-Uni). 
La Première ministre Theresa May sort de son domicile au 10 Downing Street, le 25 mars 2019 à Londres (Royaume-Uni).  (WIKTOR SZYMANOWICZ / NURPHOTO / AFP)

La cheffe du gouvernement britannique doit faire face à une fronde des députés de la Chambre des communes et de certains de ses ministres.

"Theresa May humiliée après la prise de contrôle du Brexit par les députés." Ce mardi 26 mars, la une du Times est sans pitié avec la Première ministre britannique. La veille, la Chambre des communes lui a infligé un nouveau camouflet en adoptant un amendement ouvrant la voie à une série de votes consultatifs sur la forme que doit prendre le Brexit. Ce texte, adopté par 329 voix contre 302, ressemble fort à une reprise en main face au gouvernement, qui a aussitôt réagi. "Cet amendement renverse l'équilibre entre nos institutions démocratiques et crée un dangereux et imprévisible précédent pour le futur", a commenté un porte-parole du ministère chargé du Brexit. Certes, Theresa May a déjà survécu à deux votes de confiance au cours des derniers mois mais sa position semble de plus en plus fragilisée.

Sa majorité n'approuve toujours pas son accord

Quelles hypothèses seront mises au vote ce mercredi par les députés ? Mystère. Plusieurs pistes ont été avancées : maintien dans le marché unique, nouveau référendum, voire annulation de la sortie de l'UE... Le ministre de la Santé, Matt Hancock, a certes estimé au micro de la BBC que le gouvernement devait "écouter ce que dit la Chambre des communes", mais il a d'ores et déjà précisé que le gouvernement ne pourrait pas forcément respecter ce qui allait être voté. Theresa May a également refusé de "donner un chèque en blanc" à cette initiative.

L'accord négocié avec l'UE a déjà été rejeté deux fois par le Parlement britannique et le texte ne convainc toujours pas la majorité des élus. Avant même le vote de cet amendement, Theresa May avait dû reconnaître que le texte n'avait toujours "pas le soutien suffisant" des députés pour être soumis une troisième fois au vote. "Je continue à discuter avec des collègues de la Chambre des communes pour trouver des soutiens de façon à ce que nous puissions organiser un vote cette semaine", a-t-elle déclaré. Une hypothèse loin d'être assurée.

Le conservateur Oliver Letwin, à l'origine de l'amendement, estime pour sa part que les votes consultatifs pourraient lancer un processus permettant d'aboutir à une version du Brexit capable de dégager une majorité, rapporte le Irish Times (en anglais). Sauf que l'Union européenne n'a aucunement l'intention de revenir à la table des négociations.

Certains ministres commencent à la lâcher

Pour corser le tout, Theresa May doit faire face à plusieurs départs, puisque trois secrétaires d'Etat ont annoncé leur démission dans la soirée : Richard Harrington (Industrie), Alistair Burt (Affaires étrangères) et Steve Brine (Santé). Richard Harrington, notamment, a reproché au gouvernement dans sa lettre de démission de jouer "à la roulette" avec "les vies et les moyens de subsistance de la grande majorité de notre peuple" du fait de son "échec à garantir un accord" de sortie.

La défiance atteint les rangs conservateurs, puisque 29 députés ont voté l'amendement, selon le décompte du Guardian (en anglais). Parmi eux : Damian Green, l'un des plus proches alliés politiques de Theresa May qui s'est transformé en Brutus. Durant le week-end, déjà, le chef du service politique du Sunday Times avait soutenu que plusieurs membres du gouvernement souhaitaient obtenir la démission de Theresa May. Des informations démenties par le ministre des Finances Philip Hammond, cité par le Guardian comme l'un des frondeurs.

"Le gouvernement est bloqué. La confiance dans la démocratie s'effondre. Ça ne peut pas continuer. Nous avons besoin d'un nouveau Premier ministre", avait également tweeté samedi de son côté le député conservateur George Freeman. "Je préférerais qu'elle reste parce que je ne crois pas que le remplacement de Theresa May par quelqu'un d'autre va résoudre le problème", ont depuis réagi le numéro deux à la Justice, Rory Stewart, et Matt Hancock, ministre de la Santé, au micro de la BBC (en anglais).

Le Brexit se rapproche à grand pas

Theresa May est donc dans une situation particulièrement inconfortable alors que le temps joue contre elle. Théoriquement, le Royaume-Uni aurait dû quitter l'UE le vendredi 29 mars, un peu moins de trois ans après le référendum de juin 2016. Pour se donner le temps de convaincre les députés, elle a été contrainte de demander aux dirigeants de l'UE un report de cette échéance historique, fixée désormais au 22 mai en cas de vote sur l'accord ou au 12 avril si celui-ci n'est pas approuvé.

En attendant, les Britanniques ne savent donc toujours pas quand et sous quelles conditions ils quitteront l'UE. Et ils en sont mécontents. D'après un sondage publié lundi soir, 81% d'entre eux pensent que leur gouvernement gère "mal" le Brexit, contre 11% qui estiment qu'il ne le fait "ni bien ni mal". Le tabloïd The Sun, quotidien le plus lu du pays, annonçait la couleur avant même le vote de l'amendement lundi : "Il est temps, Theresa". Une façon de pousser vers la sortie la Première ministre afin de donner une chance à l'accord d'être approuvé.

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