Irlande du Nord: le malaise des jeunes protestants

Jeunes protestants jetant des pierres et des cocktails Molotov sur la police pendant une émeute à Belfast le 12 juillet 2012.
Jeunes protestants jetant des pierres et des cocktails Molotov sur la police pendant une émeute à Belfast le 12 juillet 2012. (AFP - Stephen Wilson)

Belfast a connu en décembre 2012 une nouvelle flambée de violence provoquées par des jeunes protestants. Pour les observateurs, ces affrontements sectaires, qui n’ont jamais vraiment cessé, cachent un profond malaise social et identitaire de leur communauté en déclin.

A l’origine de ces manifestations, la décision du conseil municipal de ne plus laisser en permanence le drapeau britannique (Union Jack) sur la mairie de la ville. Favorables au retrait pur et simple, le Sinn Fein, parti catholique nationaliste, avait accepté un compromis: que l’Union Jack ne flotte plus que 17 jours par an. Ce que la majorité des conseillers municipaux a finalement entériné. De leur côté, les partis unionistes, qui se battent depuis toujours pour le maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, ont voté contre.

Pour ces derniers, le symbole est évidemment très fort. «Je ne peux pas tolérer cette violence mais les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet préoccupe la population», a ainsi déclaré le maire unioniste de Belfast, Jim Rodgers.


Une société profondément divisée
Depuis 2007, l’Irlande du Nord, province britannique semi-autonome, est dotée d’un gouvernement biconfessionnel. Elle sort de trois décennies de violences intercommunautaires entre les protestants unionistes et les républicains catholiques partisans d’une Irlande unifiée, qui ont fait 3500 morts. Des accords de paix, dits du Vendredi Saint, ont été signés en 1998 entre les deux communautés.

Pour autant, les violences n’ont jamais cessé. «On résume trop souvent le conflit nord-irlandais à un affrontement entre l’IRA et les Britanniques. En fait le principal problème vient des divisions sectaires internes», estime un analyste politique, Robin Wilson. Des affrontements se sont ainsi produits en juillet 2012, comme souvent l’été, lors de défilés organisés pour célébrer la victoire, en 1690, du protestant Guillaume d’Orange sur le catholique Jacques II.
 
Pour l’universitaire Pauline Beaugé de la Roque, «le conflit n’est pas réglé mais on n’en est plus du tout à l’extrême violence que la province a connue». Et d’ajouter : «Je ne crois vraiment pas que l’Irlande soit en train de sombrer à nouveau».

Ces affrontements montrent cependant combien la société nord-irlandaise demeure divisée entre protestants et catholiques. Leurs quartiers respectifs «restent séparés par des ‘murs de la paix’ dont les portes sont fermées la nuit». Comme cette muraille de huit mètres de haut entre Shankill Road (protestant) et Falls Road (catholique).

Jeune protestant défiant un canon à eau lors d\'une émeute à Belfast le 12 juillet 2011.
Jeune protestant défiant un canon à eau lors d'une émeute à Belfast le 12 juillet 2011. (AFP - STEPHEN WILSON )

Problèmes sociaux et identitaires
Au-delà des divisions entre les deux groupes confessionnels, les violences sont également révélatrices de problèmes sociaux et identitaires au sein de la communauté unioniste, qui dépassent largement l’affaire du drapeau, analyse David McKittrick dans un remarquable article de The Independent. Elles sont le fait de «jeunes protestants masqués», en général au chômage, et qui «ne se préoccupent absolument pas du tort qu’ils font à la cause unioniste et à l’image de l’Irlande du Nord». Selon leurs avocats, ils agissent souvent «après avoir consommé de fortes quantités de drogue et d’alcool»

«Ils appartiennent à une génération perdue, très peu concernée par le processus de paix qui a amélioré la vie des autres habitants de Belfast. Ils jettent des pierres parce qu’ils ont l’impression de ne pas avoir de place dans la société et ressentent une grande rancœur vis-à-vis d’un monde qui change». D’une manière générale, ils appartiennent à une communauté en déclin. Selon des statistiques officielles publiées le 11 décembre 2012, la proportion des protestants en Irlande du Nord, sur une population de 1,8 million d’habitants, est tombée à 48%, contre 53% en 2001. Tandis que celle des catholiques a augmenté de 1%, à 45%.

Les emplois industriels ont disparu «alors que le niveau scolaire des jeunes hommes issus des ghettos protestants reste très bas : seuls quelques-uns fréquentent le lycée, et encore moins vont à l’université», constate David McKittrick. Ils se sentent ainsi rejetés. «Les représentants de la classe ouvrière loyaliste éprouvent un sentiment de déclassement et ils expliquent à l’envi : ‘’Les catholiques ont tout, et nous rien’’». Dans ce contexte, l’affaire du drapeau revêt une grande importance symbolique : c’est un peu l’un des «derniers vestiges du pouvoir des loyalistes».

Un mur dans le quartier protestant de Shankill Road: l\'affirmation d\'une identité...
Un mur dans le quartier protestant de Shankill Road: l'affirmation d'une identité... (AFP - Hemis.fr - René Mattes)

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