HSBC, une banque à l’odeur d’opium et de scandales

Le logo de la banque HSBC. Photo prise à Genève le 21 septembre 2006
Le logo de la banque HSBC. Photo prise à Genève le 21 septembre 2006 (AFP - Fabrice Coffrini)

A écouter l’établissement financier, ceux qui ont porté la HSBC (fondée en 1865) sur les fonds baptismaux avaient «un but clair et simple : établir une banque à Hong Kong et Shanghaï pour soutenir le commerce local et étranger». Depuis, elle est devenue l’une des premières du monde, avec une histoire récente émaillée de scandales. Dont celui du SwissLeaks.

HSBC pour «Hong Kong and Shanghai Banking Corporation». De fait, l’établissement a une assise asiatique. Son premier bureau «a été ouvert à Hong Kong le 3 mars 1865 et à Shanghaï un mois plus tard», raconte une brochure officielle. Son fondateur est un Ecossais, Thomas Sutherland, alors «superintendant» de la compagnie de navigation P & O.

Thomas Sutherland a fondé «la banque pour répondre aux besoins des communautés d’affaires établies sur la côte chinoise. Confrontées à la croissance de Hong Kong comme plate-forme d’échanges, les entreprises avaient besoin de services bancaires plus sophistiqués» que ceux offerts par les maisons de négoces européennes, poursuit la brochure de HSBC. Aujourd’hui, elle affirme avoir eu, dès cette époque, une approche «tournée vers le client» («customer-focused in its approach»).
 
La réalité est peut-être un petit peu moins rose… Car «ses premières richesses, HSBC les rassemble (…)  grâce aux récoltes d’opium des Indes, puis du Yunnan chinois», affirme Le Monde Diplomatique. «Elle a été fondée dans le sillage de la victoire britannique contre la Chine dans les deux guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860)», précise le blog du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) sur Médiapart.  

Quoi qu’il en soit, le nouvel établissement financier se développe dans toute l’Asie. Il «sert à financer les exportations de thé et de soie chinois, de coton et de jute indiens, de sucre philippin, de riz et de soie vietnamiens». La banque concentre ses activités sur la côte chinoise, prêtant notamment «de l’argent aux commerçants locaux qui exportent». Elle étend aussi ses activités au Japon (1870-1872), offrant «conseils et assistance au gouvernement modernisateur (de l’ère Meiji, NDLR) en matière financière et bancaire».
 
Au fur et à mesure des années, sa stratégie semble suivre la politique extérieure du gouvernement d’Albion. En 1888, elle ouvre ainsi une succursale à Bangkok en Thaïlande, «à la demande de la monarchie thaïe et de la légation britannique», selon la brochure officielle. Les années 1930, troublées par la crise aux Etats-Unis et en Europe, ne sont pas faciles. En 1941, devant l’avance japonaise, elle doit rapatrier ses activités à Londres.
 
Avec la fondation de la Chine populaire en 1949, il lui faut se recentrer et «se réinventer» (dixit la brochure) à Hong Kong. Elle participe alors à la transformation du comptoir britannique comme plaque tournante entre le régime de Mao et l’Occident. «HSBC entame de nouvelles relations avec des hommes d’affaires chinois et leur fournit des financements pour toutes leurs opérations», toujours selon le document officiel.

Un taxi stationné devant une agence de la HSBC à Londres le 9 février 2015
Un taxi stationné devant une agence de la HSBC à Londres le 9 février 2015 (Reuters - Suzanne Plunkett)

Entre 1980 et 1997, elle s’installe aux Etats-Unis et en Europe. En 1993, elle déplace son siège social de Hong Kong à la City de Londres, quatre ans avant la rétrocession du territoire à Pékin.
 
Dès lors, HSBC s’engage de plain-pied dans la mondialisation. Mais en 2009, elle est rattrapée par la crise : son bénéfice chute de 70% à 5,7 milliards de dollars.

«Valeurs», vous avez dit «valeurs» ?
L’établissement financier est aussi rattrapé par d’importants scandales qui viennent ternir son image. Entre 2004 et 2010, il aurait blanchi de l’argent, provenant notamment de cartels de la drogue, selon un rapport du Sénat américain. «Des transactions suspectes» seraient également liées «au terrorisme et à des affaires avec des compagnies sanctionnées pour cause de relations» avec notamment l’Iran et la Corée du Nord.  

Autre affaire : la vente abusive de produits d’assurance de prêts en Grande-Bretagne, apparemment pratiquée aussi par ses consœurs britanniques, Barclays, Lloyds et RBS. Toutes ces banques «en ont trop vendu et étaient volontairement floues sur les conditions et les risques qui leur étaient liés», rappelle Le Monde.   
 
Avec d’autres établissements, dont le français Crédit Agricole, l’américain JP Morgan, l’allemand Deutsche Bank, HSBC est par ailleurs accusée d’avoir manipulé des taux interbancaires, le Libor et son équivalent européen, l’Euribor.

Evidemment, tout cela fait mauvais genre… Et on peut avoir un peu de mal à croire la banque britannique quand elle explique, sur son site français, que parmi «les valeurs du groupe», on trouve celle d’«être fiable et (d’) agir comme il convient». De la même façon, quand elle affirme que «HSBC a pour objectif de devenir, dans le secteur financier, une référence en matière de responsabilité d’entreprise».

Tout cela ne l’empêche pas d’être très performante… HSBC a ainsi réalisé, au troisième trimestre 2014 (dernier chiffre connu au 10 février 2015), un bénéfice net de 3,431 milliards de dollars, en hausse de 7%, malgré l’enregistrement de 1,6 milliard de charges et provisions pour différents litiges. Le groupe mondial, présent dans 75 pays, emploie quelque 260.000 personnes et a 54 millions de clients. En terme d’actifs, c’est la seconde banque du monde, derrière l’Industrial & Commercial Bank of China, avec 2.754 milliards de dollars d’actifs. Un imposant pécule qui lui permet de voir venir…

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