Grande-Bretagne: «Benefits Street», la téléréalité qui dérange

La rue Turner à Birmingham, filmée par Channel 4 pour sa nouvelle téléréalité «Benefits Street».
La rue Turner à Birmingham, filmée par Channel 4 pour sa nouvelle téléréalité «Benefits Street». (Channel 4)

«Benefits Street» (la rue des allocations familiales) diffusé sur Channel 4 depuis le 8 janvier 2014 provoque un véritable tollé. Cette émission de téléréalité a décidé de filmer au quotidien la vie des habitants d'une rue de Birmingham, la rue Turner. A l'image, une vision accablante et négative des bénéficiaires des allocations au moment ou le gouvernement souhaite réformer le système.

Birmingham, toile de fond de ce reality show, est touchée par un taux de chômage record. 16,5% de ses habitants n'ont pas d'emploi, soit deux fois plus que le niveau national britannique. Dans le premier épisode, qui a attiré sept millions de téléspectateurs, un homme explique comment voler des vêtements dans un magasin... Un couple, hilare, confesse avoir été pris en flagrant délit de fraude aux allocations familiales.. Des gens déambulent dans la rue, sans but, une bière à la main.

Premier bémol : les habitants de Turner Street, qui ont un emploi, ne sont jamais filmé
Dès le lendemain de la diffusion, les internautes se sont violemment déchaînés sur les réseaux sociaux. «Voir cette racaille dans Benefits Street me rend dingue, allez bosser, bande de chiens», écrit @sashhhhhrabella sur twitter. Pour @garrytunerly, toujours sur twitter: «Quelle pourriture de voyous. Une balle coûte environ 30 pence, donc avec un billet de 20 livres (24 euros), on pourrait se débarasser de la rue et avoir de la monnaie en poche.»

A l'inverse, 20.000 personnes, écœurées par ces images, ont signé une pétition pour réclamer l'arrêt pur et simple de l'émission. De leur côté, les habitants de Turner Street, filmés dans le reality show, se sentent dupés. «Ils nous ont dit qu'ils voulaient saisir l'état d'esprit de la rue Turner et montrer le positif, mais la seule chose qu'ils ont fait est de monter le négatif», s'insurge sur la BBC Dean Oaken, qui apparaît dans le premier épisode.


Face à cette avalanche de commentaires, le patron de Channel 4 se défend dans le quotidien The Guardian«Le tollé que l'émission a suscité me conforte dans l'idée de la nécessité absolue de proposer des programmes sur le sujet. Eviter la réalité quotidienne ou l'édulcorer serait un manquement à notre devoir.»

Deuxième bemol : la date de diffusion n'est pas anodine
Le Premier ministre David Cameron vient en effet d'engager une vaste réforme de l'Etat-providence. Et les tabloïds s'en donnent à cœur joie en jetant régulièrement en pâture dans leurs pages les noms des fraudeurs présumés. En octobre 2013, le ministre des Finances, George Osborne, avait lancé la première flèche contre les bénéficiaires des allocations: «Où est la justice pour le travailleur qui s'en va au travail tôt le matin alors qu'il fait encore nuit et voit les rideaux fermés de son voisin qui se la coule douce grâce aux allocations?»

L'onde de choc de ce reality show est remonté jusqu'aux plus hautes instances politiques du pays. Ainsi, Anne Beg, présidente de la commission parlementaire chargée du Travail, accuse Channel 4 de se focaliser sur des «cas extrêmes», à partir desquels «les gens extrapolent». De son côté, John Bird, fondateur du journal Bird Issue vendu par les sans-abris, estime que l'émission reflète la réalité. Il s'explique sans le Daily Mail: «Défendre les aides sociales est abrutissant, le sujet encourage de façon perverse la paresse.»

Alors, réalité ou vision caricaturale? Benefits Street a en tout cas divisé les Britanniques.

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