Brexit, Trump: l'art du populisme

Le 24 août 2016, Nigel Farage, le leader de Ukip, vient soutenir Donald Trump lors d\'un meeting à Jackson, dans le Mississippi.
Le 24 août 2016, Nigel Farage, le leader de Ukip, vient soutenir Donald Trump lors d'un meeting à Jackson, dans le Mississippi. (Jonathan Bachman / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L’élection de Donald Trump fait étonnement écho au succès du Brexit au Royaume-Uni. Non seulement parce que Trump est ami avec Nigel Farage, le chef de file des euro-sceptiques. Mais aussi parce que Le choix des électeurs montre une similitude des préoccupations des deux côtés de l’Atlantique, et beaucoup de rancœur.


Nigel Farage, le leader du parti europhobe britannique Ukip, s’est parmi les premiers enthousiasmé de la victoire de Donald Trump. Ce n’est pas vraiment une surprise. Farage soutient Trump depuis longtemps. Et les thèses soutenues par les deux hommes se ressemblent. «Il semble que 2016 sera l’année de deux grandes révolutions politiques», a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Une référence évidente au choix des Britanniques de quitter l’Union européenne, dont Ukip a été un des ardents propagandistes.


Trump-Farage, même combat
Un des amis de Farage, le milliardaire Aaron Banks, va encore plus loin quand il analyse la proximité entre les deux mouvements. «Nigel a réussi à faire le lien avec la classe ouvrière. Trump a réussi la même chose. Vous n'avez pas idée de la colère qui anime les gens qui en ont assez.»
 
La chaîne de télévision britannique SkyNews fait également le parallèle entre les deux élections, et entre deux hommes: Nigel Farage et Donald Trump. Des deux côtés, SkyNews note cette aversion pour l’establishment et notamment les médias. Les deux revendiquent également le contrôle de l’immigration, trop d’étrangers et pas assez de travail au pays.


Pourquoi ?
Des deux côtés de l’Atlantique, on trouve des similitudes dans l’attitude d’une classe populaire qui se sent abandonnée. Pourtant, le chômage est particulièrement bien maîtrisé au Royaume-Uni tout comme aux Etats-Unis. Un taux identique de 5%, plutôt flatteur, à faire rêver les dirigeants français.
 
Du travail, il y en a certes, mais totalement déclassé. Le Royaume-Uni a même inventé la notion de contrat de travail zéro heure. Votre employeur ne vous garantit aucun temps de travail dans la semaine. La paupérisation est aussi sévère aux Etats-Unis. Selon l’économiste américain Joseph Stiglitz, «aux Etats-Unis, hormis les 10% les plus riches, les revenus du reste de la population stagnent depuis 30 ans» et «le revenu médian des travailleurs de sexe masculin est plus bas (hors inflation) qu’il ne l’était il y a 42 ans.»
 
La fin de la classe ouvrière
Tout cela s’accompagne d’une désindustrialisation massive dans les pays riches. Entre 1995 et 2010, le Royaume-Uni a perdu 28% de ses emplois industriels, les Etats-Unis 21%. L’emploi industriel, l’emploi «noble» vanté, voire glorifié des deux côtés de l’Atlantique, s’est réduit comme peau de chagrin. On se souvient de Détroit, la ville de l’automobile, conduite à la faillite en juillet 2013. On pense également aux menaces qui pèsent sur la sidérurgie du Pays de Galles dont Tata Steel veut se débarasser.
 
Dans le Figaro, Arnaud de La Grange écrit dans son éditorial. «Une autre Amérique est apparue. Une classe ouvrière et moyenne souffrante et inquiète de tout. Du déclin de sa prospérité, de l'érosion de ses valeurs, de l'ouverture des frontières, de la mondialisation du multiculturalisme, de l'immigration massive. Une communauté, blanche souvent, à son tour ghettoïsée. Enfermée en tout cas dans l'obsession du déclassement et de la marginalisation.»
 
Les mêmes sentiments ont poussé les Britanniques à sortir de l’Europe.
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