Attentat de Londres : "Si on supprime Telegram, les jihadistes trouveront autre chose" pour communiquer

L\'application russe de messagerie cryptée Telegram, utilisée par certains jihadistes pour communiquer.
L'application russe de messagerie cryptée Telegram, utilisée par certains jihadistes pour communiquer. (AFP)

Alors que des attentats on fait sept morts et 18 blessés à Londres, Romain Caillet, chercheur et spécialiste de la mouvance jihadiste, est revenu, dimanche sur franceinfo, sur les moyens de communication utilisés par les sympathisants de la cause islamiste.

Alors qu'un attentat à une nouvelle fois touché la ville de Londres, dans la nuit de samedi à dimanche 4 juin, Romain Caillet, chercheur et spécialiste de la mouvance jihadiste, est revenu, dimanche sur franceinfo, sur cette attaque qui a fait sept morts et au moins 48 blessés. Le plus probable est que le drame, qui a eu lieu dans les quartiers de London Bridge et Borough Market, ait été mené par Daech ou ses sympathisants selon l'expert.

franceinfo : La piste islamiste pour l'attentat de Londres vous paraît-elle évidente ?

Romain Caillet : La piste islamiste semble évidente, mais, le plus probable, est que ce soit Daech, ou en tout cas des sympathisants, qui ait commis cet attentat. Les partisans de l'organisation ne se sont pas trompés, puisque sur Telegram, on pouvait voir un certain nombre de sympathisants, ou même de comptes qui relaient d'habitude les revendications de l'organisation, lançaient un certain nombre de messages se félicitant de ces attaques. On voyait des messages en anglais sur ces comptes Telegram arabophones, mais aussi en français. Ils appellaient à commettre des attentats. Maintenant, ce ne sont pas des revendications, mais évidemment que des sympathisants de Daech soient derrière cette attaque est le plus probable. Cela même si Al-Qaeda a encore fait des attentats en Occident ces dernières années.

Comment se fait-il d'ailleurs que Daech n'ait pas encore revendiqué l'attaque ?

C'est vrai, d'habitude, ils le font assez vite. En Occident, je n'ai pas d'autres exemples pour des attentats majeurs. J'ai des exemples en Egypte, où Daech avait mis beaucoup de temps à revendiquer. L'objectif était de jouer sur les déclarations du gouvernement égyptien, les contredire, mais ils n'ont jamais fait ça en occident. À Londres, il s'agit d'un attentat majeur au niveau de l'onde de choc médiatique, même si le nombre de victimes n'a rien à voir avec le 13-Novembre.

Les réseaux sociaux sont-ils le moyen principal, pour les dirigeants de Daech de propager leur propagande auprès de terroristes potentiels dans les pays qu'ils veulent frapper ?

Oui, sauf que quand on dit réseaux sociaux on pense surtout à Facebook et Twitter. Or, maintenant, on peut clairement dire que la propagande de Daech ne passe plus vraiment par Facebook et Twitter. Telegram est vraiment privilégié. Cette application n'est pas utilisée par le grand public, mais tous les jihadistes qui veulent continuer à s'informer sur la propagande qui est diffusée par l'organisation vont dessus.

Theresa May dénonçait les réseaux sociaux dans son discours. Comment lutter contre cela ?

Je ne sais pas si, par exemple, le but des services est de surveiller Telegram, ou de s'en débarrasser. Quand Facebook a bloqué la diffusion de la propagande jihadiste, ils sont partis sur Twitter. Quand Twitter les a bloqués, ils sont partis sur Telegram. Il faut trouver autre chose. Si on supprime Telegram, ils trouveront autre chose. Cependant, il y a une différence. Quand ils étaient sur Facebook ou Twitter, la propagande touchait tout le monde. Le jeune ado lambda, qui pouvait avoir des amis qui étaient touchés par la propagande jihadiste, voyait arriver ce genre de discours sur son compte. Maintenant avec Telegram, ce sont des sympathisants du courant jihadiste, des journalistes, à la limite des militants politiques mais Monsieur tout le monde n'utilise pas Telegram. Peut-être que les services de renseignement se disent : "Ils sont sur Telegram, ça permet de les surveiller et en même temps ils ne touchent pas le grand public". L'important est que la propagande ne se diffuse pas au grand public. Je pense que c'est pour cela qu'il n'y a pas vraiment eu une grosse pression sur Telegram. Facebook et Twitter ont réagi, car Monsieur tout le monde pouvait parfois tomber sur la propagande djihadiste. Il en était choqué et le faisait savoir à Facebook et Twitter qui logiquement réagissaient. Là, sur Telegram, si on ne cherche pas l'information jihadiste, on ne la trouve pas.

"Quand Facebook a bloqué la diffusion de la propagande jihadiste, ils sont partis sur Twitter. Quand Twitter les a bloqués, ils sont partis sur Telegram. Si on supprime Telegram, ils trouveront autre chose", Romain Caillet
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