Attentat de Londres : "Pourquoi les géants d'Internet laissent ces gens-là communiquer en secret ?"

La police continue ses investigations, le 4 juin 2017, au lendemain de l\'attentat qui a frappé Londres sur le London Bridge.
La police continue ses investigations, le 4 juin 2017, au lendemain de l'attentat qui a frappé Londres sur le London Bridge. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Denis MacShane, ancien ministre britannique des affaires européennes, a réagi, dimanche sur franceinfo, à la suite du nouvel attentat qui a frappé Londres.

L'attentat de Londres dans la nuit de samedi à dimanche 4 juin a fait sept morts et au moins 48 blessés, dans les quartiers de London Bridge et Borough Market. Pour Denis MacShane, ancien député travailliste et ancien ministre des affaires européennes sous Tony Blair, il faut entre autre s'attaquer aux géants d'Internet, comme Google et Facebook, pour combattre le terrorisme.

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franceinfo : Trois attentats en quelques semaines en Grande-Bretagne, comment expliquer cette accélération de l'horreur ?

Denis MacShane : Cela paraît s'enchaîner. On se demande si, comme la France et tous les pays européens, on a quelques jihadistes qui sont allés en Irak et en Syrie pour lutter avec Daech et qui ont été envoyés pour perpétrer ces crimes. On se demande s'il y a des connections. Sinon, ils sont radicalisés à travers Google, Facebook, Internet, et des sites qui encouragent à se donner la mort, à tuer surtout des jeunes, des femmes, dans des lieux populaires comme le Bataclan ou le concert à Manchester.

Douze personnes ont pour l'instant été arrêtées dans le cadre de cette enquête. Des réseaux existent autour de ces personnes, l'Angleterre est-elle plus poreuse à la pénétration de ces réseaux ?

Pas plus que la France. On pense au Bataclan, à la Promenade des Anglais à Nice, Toulouse, Charlie Hebdo, Bruxelles, Stockholm, Berlin. C'est une force idéologique très très forte qui est capable de convertir les gens et de les faire devenir des terroristes. Il faut donc énormément plus de renseignements. Le sujet, qui est abordé maintenant par la Première ministre, est de dire pourquoi les monopoles des géants d'Internet, Google, Facebook, et le reste, laissent ces gens-là communiquer en secret en protégeant leur identité, s'informer, avoir tous les arguments qui poussent quelques-uns à commettre des actes terroristes ? C'est une bonne question pour le président Trump il me semble.

Le terrorisme va-t-il jouer sur les élections de la semaine prochaine ? Est-ce un thème fort de la campagne en Grande-Bretagne ?

Non, pas du tout. Il faut souligner qu'il y a une espèce d'unité nationale sur toutes les questions de terrorisme qui frappent la Grande-Bretagne. On a eu pendant toutes les années 70 et 80 des bombes, des actes terroristes nationalistes irlandais. Bilan total : 3 600 morts. Ce n'est jamais devenu une question politique pendant les élections. Après, oui, il y a des débats : Pourquoi on ne met pas plus de pressions sur l'Arabie Saoudite pour fermer le robinet des finances ? Pourquoi ne fait-on pas plus de politique étrangère pour ne pas avoir ces lieux de luttes permanents en Libye, en Syrie et en Irak ? Pour autant, ces débats n'ont pas lieu pendant les élections. Je ne pense pas que cela va influencer la décision des peuples jeudi.

On sait que l'alerte avait été descendue après Manchester. La politique sécuritaire du gouvernement est-elle mise en cause ?

Oui et non. On investit énormément, c'est vrai que Madame May a réduit les effectifs de la police de 7 000. On a un énorme problème dans nos prisons. Elles sont bourrées de gens qui ne sont pas coupables de crimes violents, mais ce sont des lieux de radicalisation. On a aussi une question de toute la communauté qui parfois est tentée par la rhétorique anti-Israël, anti-juifs, anti-femmes, anti-américains. Ils pensent qu'aller poser une bombe, tuer quelqu'un, comme les Irlandais il y a 30 ans, est justifié d'un point de vue idéologique. Convertir tout un pays pour supprimer des telles pressions est assez difficile. Difficile chez nous, chez vous, dans tout pays européen.

"Ils sont radicalisés à travers Google, Facebook, Internet, et des sites qui encouragent à se donner la mort, à tuer", Denis MacShane
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