RECIT. "Nous avons vu la voiture qui fonçait sur une femme" : il est 15h40, Londres bascule dans l'horreur

Des ambulances et des voitures de police stationnent à proximité du Parlement britannique après l\'attaque à Londres, le 22 mars 2017.
Des ambulances et des voitures de police stationnent à proximité du Parlement britannique après l'attaque à Londres, le 22 mars 2017. (ALEX MCNAUGHTON / SPUTNIK / AFP)

Au volant d'un 4x4, un assaillant a percuté plusieurs piétons dans le quartier de Westminster à Londres, mercredi, avant de poignarder un policier dans la cour du Parlement et d'être abattu par les forces de l'ordre. Le bilan est lourd avec quatre morts et 29 blessés.

Un mercredi ordinaire dans le quartier de Westminster à Londres. Les députés britanniques sont réunis à l'intérieur du Parlement pour le vote d'une loi, mercredi 22 mars. Sur le pont tout proche, qui enjambe la Tamise et relie le Parlement à Big Ben, les célèbres bus à impériale de couleur rouge défilent, les touristes s'attardent pour prendre des photos, les travailleurs se pressent vers la bouche du métro. Soudain, à 14h40 (heure de Londres, 15h40 à Paris), surgit l'horreur. Les crissements de pneus, les hurlements, le sang, les corps allongés sur le sol...

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Michael Adamou est au volant de son bus, le numéro 453, quand un véhicule 4x4 gris sombre de la marque Hyundai dévie de sa trajectoire pour rouler à vive allure sur le trottoir du pont de Westminster en direction du Parlement. "J'étais en train de tourner sur Whitehall à gauche pour prendre le pont de Westminster, lorsque j'ai vu une voiture renverser au moins deux personnes, explique le chauffeur à la BBC (en anglais). Au départ, j'ai pensé qu'il avait perdu le contrôle de sa voiture." Le SUV dévale le trottoir sur des centaines de mètres. Des corps sont projetés sur le sol.

"J'ai pensé que c'était une sorte d'accident"

Parmi les piétons, une femme apeurée par la scène décide d'enjamber la rambarde du pont et saute dans la Tamise pour échapper à cette voiture folle. Une chute de plus de 5 m. "J'ai vu un corps dans l'eau avec du sang tout autour", assure Steve Voake, un témoin, à Sky News (en anglais). Un bateau de la police la repêche rapidement. Elle est aussitôt conduite à l'hôpital pour subir des opérations en raison de ses graves blessures.

Richard Tice sort au même moment de la station de métro Westminster. "Je vois au moins huit à dix personnes sur le sol, à plat ventre, raconte-t-il à Sky News. Tout le long du pont, je vois des gens qui ont l'air clairement blessés." Kirsten Hurrell tient un kiosque à journaux, à proximité du palais de Westminster, mais à l'opposé de la course effrénée du SUV. "J'ai pensé que c'était une sorte d'accident, témoigne-t-elle auprès du Guardian. J'ai ensuite entendu des bruits aigus. J'ai vu quelqu'un, un cycliste peut-être, au sol près d'une voiture. Il ne semblait pas très bien. De la vapeur s'échappait de la voiture. J'ai eu peur qu'elle explose, j'ai fui."

Les scènes de panique se multiplient un peu partout, comme le montre cette vidéo prise par un touriste taïwanais.

"Nous traversions le pont de Westminster, décrivent deux femmes présentes au moment du drameNous avons vu la voiture qui fonçait sur une femmeElle était sous les roues du bus et j'ai entendu ses cris. Nous avons regardé vers le pont, nous rampions..."

La course folle du véhicule fait deux morts et vingt-neuf blessés, certains grièvement. Parmi les personnes hospitalisées, trois lycéens français. Scolarisés au lycée Saint-Joseph à Concarneau (Finistère), ils font partie d'un groupe de 35 jeunes en voyage scolaire qui viennent de visiter le Parlement et se dirigent vers le pont. "La voiture arrivait sur le côté, il y avait une barrière qui nous séparait, mais elle a cédé et la voiture a foncé sur les élèves. On l’a vue et entendue arriver", explique Johan, un des élèves, à Ouest France.

Vue aérienne du pont de Westminster à Londres où interviennent des ambulances, le 22 mars 2017.
Vue aérienne du pont de Westminster à Londres où interviennent des ambulances, le 22 mars 2017. (AP /SIPA)

L'assaillant sort de sa voiture et poignarde un policier

A cet instant, le conducteur du 4x4 gris encastre son véhicule dans les grilles à l'extérieur du Parlement. Il sort de la voiture et brandit un objet. "Cela ressemblait à un bâton", avance Quentin Letts, un journaliste du Daily Mail à la BBC. Il s'agit en réalité d'un couteau. L'homme court loin de son véhicule et pénètre dans la cour du palais de Westminster. "Alors que deux policiers en manteau jaune tentaient de le maîtriser, l'un des deux est tombé au solNous avons pu voir l'homme en noir bouger son bras dans un sens qui suggère qu'il était en train de poignarder ou frapper le policier. L'un des policiers a ensuite couru pour avoir de l'aide qui est arrivée très rapidement", poursuit Quentin Letts.

Capture d\'écran d\'une vidéo montrant une voiture encastrée dans les grilles du Parlement à Londres, le 22 mars 2017.
Capture d'écran d'une vidéo montrant une voiture encastrée dans les grilles du Parlement à Londres, le 22 mars 2017. (AP / SIPA)

Présent dans l'enceinte du palais de Westminster au moment de l'attaque, le député conservateur Tobias Ellwood se joint aux secouristes et tente de sauver le policier. "J'ai cherché à stopper l'hémorragie et lui ai fait du bouche-à-bouche en attendant l'arrivée des médecins, mais je crois qu'il avait déjà perdu trop de sang, déplore l'élu au Sun (en anglais), photographié en plein massage cardiaque avec du sang sur son visage et ses vêtements. Il avait plusieurs blessures, sous un bras et dans le dos." Le député, ancien militaire, avait déjà perdu un frère dans un attentat à la bombe en 2002 à Bali (Indonésie). Son intervention reste vaine. Keith Palmer, l'officier de police non armé âgé de 48 ans et père de famille, meurt poignardé par l'assaillant. 

L'homme tente alors de pénétrer dans le Parlement. "Lorsque l'assaillant courait vers l'entrée utilisée par les parlementaires pour rejoindre la Chambre des communes, deux personnes ont tiré dans sa direction, par avertissement. Il les a ignorées et il a alors été touché par balles, à deux ou trois reprises, puis il est tombé", précise Quentin Letts. "Il y a eu trois coups de feu, assure au Telegraph Jayne Wilkinson, qui prend des photos de Big Ben au moment de l'attaque. Nous avons ensuite traversé la route et vu un homme au sol avec du sang. Il portait une veste légère, un pantalon noir et une chemise." L'assaillant va mourir quatre heures plus tard de ses blessures. 

Le Parlement confiné, la Première ministre exfiltré

A cet instant, la confusion règne. L'assaillant a-t-il agi seul ? Des complices sont-ils encore dans la nature, prêts à frapper ? A l'intérieur du Parlement, tout le monde cherche à savoir ce qu'il se passe. "J'ai entendu des coups de feu alors que j'étais dans la cour, la police nous a aidés à nous mettre à l'abri", raconte le député du Parti national écossais Roger Mullin. "J'étais dans les couloirs pour aller voter quand j'ai entendu quatre coups de feu, ajoute son collègue conservateur Grant Shapps. 

La séance est suspendue. Les députés sont aussitôt confinés à l'intérieur. On leur demande de se tenir éloignés des fenêtres. De son côté, la Première ministre, Theresa May, se trouve dans une pièce attenante. Elle est aussitôt exfiltrée, entourée par plusieurs policiers armés. Une Jaguar grise la conduit à vive allure au 10, Downing Street pour la mettre en sécurité. Les députés, eux, sont toujours bloqués à l'intérieur du Parlement. 

Les forces de l'ordre sont en train de boucler le quartier, les secouristes s'affairent auprès des victimes. Les nacelles du London Eye, la grande roue surplombant le pont de Westminster, s'arrêtent de tourner. Les touristes sont confinés à l'intérieur par mesure de sécurité pendant trois heures.

L'évacuation des bâtiments par la police débute lentement. En fin d'après-midi, tous les députés ont été évacués. Ils annoncent que le Parlement se réunira dès le lendemain pour reprendre ses travaux. Le message est clair : pas question de céder à la terreur. Le quartier de Westminster aspire à retrouver son quotidien, ordinaire.