Attaque à Londres : il faut "déchoquer" les personnes traumatisées

Une femme au chevet d\'une victime de l\'attaque de Londres, le 22 mars 2017. 
Une femme au chevet d'une victime de l'attaque de Londres, le 22 mars 2017.  (? TOBY MELVILLE / REUTERS / X90004)

La psychiatre Muriel Salmona insiste sur la prise en charge immédiate des personnes traumatisées par l'attaque de Londres mercredi afin d'atténuer les effets du choc. 

Un homme a tué quatre personnes, dont un policier, dans le centre de Londres, mercredi 22 mars avant d'être abattu devant le Parlement britannique. Parmi la vingtaine de blessés figurent trois lycéens français de Concarneau en voyage scolaire. Pour Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, la prise en charge immédiate est primordiale.

franceinfo : La prise en charge psychologique doit-elle intervenir rapidement ?

Muriel Salmona : Le plus rapidement possible. Le choc est immédiat. C'est comme une blessure psychique. Il y a une atteinte neurologique qu'il faut absolument prendre en charge. Il faut déchoquer la personne qui a été traumatisée.

La France a malheureusement l'expérience de ce genre d'attaques. Quelles leçons a-t-on tiré du 13 novembre 2015 ou de l'attentat de Nice ?

Concernant ces deux tragédies, la prise en charge immédiate, les cellules d'urgences médico-psychologiques ont plutôt bien fonctionné. La leçon à tirer est plutôt la prise en charge à moyen et long terme. Elle est souvent insuffisante et surtout c'est souvent une véritable galère pour les personnes d'être prises en charge dans la durée. Or c'est absolument nécessaire. Il faut vraiment suivre pas à pas les personnes parce qu'il peut y avoir une résurgence traumatique.

Trois lycéens de Concarneau figurent parmi les victimes. Quand un évènement comme celui-là se passe à l'étranger, est-ce que c'est encore plus déstabilisant ?

Cela aggrave l'aspect de déconnection temporo-spatial, le manque de repères et l'angoisse qui s'y rapportent. Les personnes très traumatisées ont besoin d'être extrêmement entourées. Ils ont besoin de repères stables, d'être rassurés continuellement. Et cela peut être difficile dans un univers où, par exemple, on ne parle que très peu la langue. Mais il ne faut pas oublier ceux qui ont vécu cet attentat "par procuration" : les proches de ces lycéens, leurs familles... Mais également ceux qui peuvent se sentir concernés, parce qu'ils ont déjà vécu des attentats ou parce qu'ils ont des proches qui ont subi ces attentats. Ce sont des personnes qui peuvent à nouveau se sentir envahies. Ce sont ces "flashs" (que l'on appelle mémoire traumatique) qu'il faut traiter.

Quand on est jeune, est-ce plus simple de passer à autre chose ?

Plus on est jeune, plus le risque traumatique est important. Suivant la prise en charge, le choc peut vous suivre plus ou moins longtemps et avoir un impact sur votre santé et votre intégrité psychique et mentale. Il peut amener des conduites parfois addictives pour lutter contre cette mémoire de survie. Tout cela peut être évité avec une très bonne prise en charge. Cela restera toujours un choc, mais il n'y aura plus cette mémoire traumatique. Le travail des psychiatres est de l'intégrer pour qu'elle ne puisse plus envahir la personne.

Attaque à Londres : il faut "déchoquer" les personnes traumatisées, selon la psychiatre Muriel Salmona
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