Roméo Langlois, prix Albert Londres 2013: quelle stratégie anti-drogue choisir ?

Roméo Langlois lors de la remise du prix Albert Londres à Montréal le 10 mai 2011.
Roméo Langlois lors de la remise du prix Albert Londres à Montréal le 10 mai 2011. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

Roméo Langlois, 36 ans, a obtenu le prix Albert Londres 2013 pour son sujet «A balles réelles», diffusé sur France 24. Le journaliste a filmé en Colombie une opération anti-drogue. Au-delà du récit, il souhaite poser des questions sur un stratégie du tout répressif en matière de stupéfiants.

«Avec ce prix, je vois récompensé plusieurs années de travail. Pour moi, c’est particulièrement fort car le sujet primé est très lié à une expérience personnelle», explique-t-il.
 
Le film entend attirer l’attention sur un pays en guerre depuis 50 ans, «mais médiatiquement oublié». «On en a parlé avec l’affaire d’Ingrid Betancourt (enlevée en 2002 par les FARC avant d’être libérée six ans et demi plus tard, NDLR). Puis il est tombé dans l’oubli. Pourtant, aujourd’hui, la Colombie connaît un processus de paix qui a de vraies chances d’aboutir».
 
Avec A balles réelles, le journaliste, qui y a vécu 12 ans, souhaite aussi sensibiliser sur la stratégie anti-drogue qui y est menée. «C’est une lutte absurde, très meurtrière et très coûteuse financièrement», observe-t-il.

Il tente de le démontrer «à partir de ce qui était une opération de communication de l’armée», comme il le reconnaît très honnêtement. «On a déplacé 30 hommes des forces spéciales, des hélicoptères, un bombardier pour, au final, détruire le cabanon d’un paysan qui faisait pousser quelques feuilles de coca». Donc pour un résultat dérisoire, alors que plusieurs personnes ont été tuées au cours de cette opération. Lui-même a été blessé avant d’être détenu pendant un mois par la guérilla des FARC
 
Pour Roméo Langlois, cette stratégie du tout répressif ne fonctionne visiblement pas : «plus on lutte contre la drogue, plus ses prix augmentent». Conséquence : «il faut s’interroger sur une démarche inopérante au niveau mondial, que ce soit en Colombie ou dans les banlieues de Marseille. Le problème, c’est que les hommes politiques, conscient de son échec, manquent de courage et ne prennent pas les décisions qui s’imposent».
 
Le film n’est pas passé sur les télévisions colombiennes. Mais il a eu un gros impact sur internet et les réseaux sociaux. Il a donc beaucoup fait parler de lui. Le signe d’une évolution de l’opinion au pays de la coca ?

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