VIDEO. Syrie : Au milieu des ruines, des enfants d'Alep-Est retrouvent le chemin de l'école

Après plusieurs années sans école, les élèves d\'Alep-Est passent des tests d\'écriture.
Après plusieurs années sans école, les élèves d'Alep-Est passent des tests d'écriture. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

A peine deux semaines après la fin des combats, Alep-Est retrouve à certains endroits un semblant de vie. Cinq écoles ont rouvert. Franceinfo s’est rendu dans l’une d’elles dans le quartier de Sakhoual.

Après plus de quatre ans d’une guerre civile sanglante, le régime syrien a annoncé le 22 décembre 2016 avoir repris les quartiers d'Alep-Est tombés aux mains des insurgés en 2012. A peine deux semaines après la fin des combats, cinq écoles ont rouvert au milieu des ruines. Franceinfo s’est rendu dans l’une d’elles, dans le quartier de Sakhoual.

Dans la cour de récréation, une fresque décore l’un des murs, sauf qu’ici elle est criblée de balles. Des trous béants remplacent les fenêtres du bâtiment mais on trouve par endroit quelques taches de couleur. "Quand on met des ballons dans l’entourage des enfants ils sentent qu’il y a de la vie", explique le directeur de l’établissement au milieu d’immeubles en ruines. L’école a rouvert il y a quatre jours. Quand ils ont appris la nouvelle, les enfants d’Hannate ont sauté de joie. "Ils ont préparé leurs livres, leurs cahiers leurs cartables, leurs crayons. Ils ont vu leur vie d’avant  reprendre", raconte la jeune mère de 31 ans.

Se projeter à nouveau dans l'avenir

Seulement 300 élèves ont pu retrouver leur école contre plus de 2 000 auparavant. Dans sa classe de primaire, Noura sait que la plupart des enfants ont été privés d’école durant ces quatre dernières années. Aujourd’hui, elle tente surtout d’évaluer les lacunes. "Certains enfants ont du mal à écrire. J’ai donc débuté par la langue arabe pour connaître leur niveau de lecture et d’écriture, me rendre compte de ce qu’ils ont oublié", explique l’enseignante.

Cours de langue arabe dans une école d\'Alep-Est, en Syrie, en janvier 2017.
Cours de langue arabe dans une école d'Alep-Est, en Syrie, en janvier 2017. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Amneh, 14 ans, a les yeux pétillants et le visage encadré d’un voile beige. Aujourd’hui, l’adolescente veut mettre toute son énergie à apprendre. "Au lieu d’une heure, je vais étudier dix heures par jour. Je vais rattraper mon retard toute seule, avec mes livres", dit-elle.

Je vais travailler dur pour réaliser mon rêve : être institutriceAmneh, enfant d'Alep-Està franceinfo

La guerre laisse aussi des traces plus profondes. "Il y a plus de violence qu’avant. Hier par exemple, l’un des élèves a frappé son ami avec une pierre à l’arcade sourcilière et ça l’a fait saigner", note le directeur du collège.

Dans cette école qui vient de rouvrir à Alep-Est, les murs de la cour de récréation portent les stigmates de la guerre.
Dans cette école qui vient de rouvrir à Alep-Est, les murs de la cour de récréation portent les stigmates de la guerre. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Le conflit a aussi fait naître des vocations chez ces jeunes, à l'image de Moustapha, 15 ans, qui veut devenir docteur. "Pendant le conflit, on manquait vraiment de médecins et je vais travailler fort pour y arriver", explique le garçon, le regard sombre.

Plus tard je serai docteur pour soigner les gensMoustapha, 15 ansà franceinfo

Travailler fort un bonnet sur la tête parce qu’il fait froid, travailler fort au milieu des ruines parce qu’on n’a plus de maison, travailler fort aussi peut-être pour oublier et retrouver, comme confie Amneh, la future institutrice, un semblant de normalité.

Cette école d\'Alep-Est a rouvert début janvier, à peine deux semaines après la fin des combats. Il n\'y a pas de chauffage dans les salles de cours mais les élèves sont soulagés d\'avoir pu retrouver un peu de leur vie d\'avant.
Cette école d'Alep-Est a rouvert début janvier, à peine deux semaines après la fin des combats. Il n'y a pas de chauffage dans les salles de cours mais les élèves sont soulagés d'avoir pu retrouver un peu de leur vie d'avant. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)