Syrie : la Russie et la Chine mettent leur veto à la résolution du Conseil de sécurité

Les rues de Rasten, près de Homs, le 3 février 2012.
Les rues de Rasten, près de Homs, le 3 février 2012. (REUTERS)

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait se prononcer samedi sur un projet de résolution condamnant le régime au lendemain d'une nuit sanglante ayant fait plus de 200 morts à Homs.

La Russie et la Chine ont mis leur veto samedi 4 février à la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU destinée à mettre fin aux violences en Syrie. Les deux pays, membres permanents du Conseil et disposant d'un droit de veto, avaient déjà bloqué une résolution similaire en octobre.

Au lendemain de bombardements meurtriers qui auraient fait plus de 200 morts à Homs, la capitale de la contestation, les Occidentaux étaient déterminés à voter sur un projet de résolution. Mais la Russie a maintenu une opposition ferme sur le texte présenté aux 15 pays membres. 

• Une résolution de compromis qui n'a pas suffi à satisfaire la Russie

Soutenu par les 13 autres pays du Conseil, le texte exprimait un "soutien" au plan de règlement de la Ligue arabe et dénonçait les violations des droits de l'homme commises par le régime syrien. Selon des diplomates, les détails de la transition, en particulier le transfert des pouvoirs du président syrien Bachar Al-Assad à son vice-président, avaient cependant été laissés de côté pour ne pas heurter Moscou, sans succès.

"Je pensais que nous pourrions trouver un moyen d'apaiser, même au dernier moment, quelques-unes des préoccupations manifestées par la Russie. Cela n'a pas été possible", a regretté la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton après le vote.

Nicolas Sarkozy réaffirme que "la tragédie syrienne doit cesser" et "déplore vivement" les veto russe et chinois. Alain Juppé, ministre des Affaires Etrangères, s'est étonné de ce veto car "nous avions fait beaucoup d'efforts pour accepter les amendements russes et chinois. Il n'y avait pas d'embargo sur les armes dans ce texte, pas plus que d'appel au départ de Bachar El Assad. Nous ne pouvions quand même pas renvoyer dos à dos le régime et les rebelles, qui se battent parfois à mains nues."

• 260 morts dans la nuit de vendredi à samedi

La nuit ayant précédé le vote pourrait être la plus meurtrière depuis le début de la révolte syrienne. "Les forces d'Assad ont bombardé (...) des zones résidentielles à Homs, dont Al Khalidiya et Qoussour, faisant au moins 260 morts, des civils, et des centaines de blessés, dont des hommes, des femmes et des enfants", a affirmé le Conseil national syrien, qui regroupe l'opposition.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a lui fait état de tirs de mortiers sur Homs, faisant au moins 217 morts, des civils, et plusieurs centaines blessés. Vingt-et-un civils ont par ailleurs été tués samedi par les forces de sécurité, dont 12 lors de funérailles dans la ville de Daraya, près de Damas, selon l'OSDH.

Des vidéos diffusées sur Youtube peu après l'annonce du massacre et rassemblées par Al-Jazira montrent des cadavres défigurés amassés à même le sol et des scènes de chaos où des ambluances tentent de se frayer un chemin. 

Un activiste dont la chaîne a recueilli le témoignage raconte la situation dramatique à l'hôpital public de la ville. "Nous tentons de déplacer certains blessés vers un hôpital privé car le dispositif médical ne peut plus suivre. Il y a une pénurie de sang, d'oxygène et de matériel de premier secours", explique-t-il depuis l'hôpital. Attention, la vidéo ci-dessous comporte des images particulièrement choquantes.

Le régime du président Bachar al-Assad, qui ne reconnaît pas l'ampleur de la révolte populaire, a opposé un démenti par le biais de l'agence officielle Sana, accusant plus tard l'opposition d'avoir perpétré le massacre pour faire pression sur le Conseil de sécurité. 

Le président américain Barack Obama a appelé une nouvelle fois samedi le président syrien à quitter le pouvoir, après ces "attaques abominables". Après plus de dix mois de violences, le bilan total de la révolte s'élèverait selon les militants à au moins 6 000 morts. 

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