Syrie : la Russie est-elle en train de lâcher Assad?

Le président syrien, Bachar Al-Assad, et son homologue russe, Vladimir Poutine, au Kremlin, à Moscou (Russie), le 19 décembre 2006.
Le président syrien, Bachar Al-Assad, et son homologue russe, Vladimir Poutine, au Kremlin, à Moscou (Russie), le 19 décembre 2006. (KLIMENTYEV MIKHAIL / RIA NOVOSTI / AFP )

Moscou a fait savoir qu'il ne considérait pas le maintien au pouvoir du président syrien comme une condition préalable au règlement du conflit dans le pays.

Sous pression pour lâcher son allié syrien, la Russie est-elle en train de céder ? Après avoir fait preuve d'un soutien indéfectible à l'égard du régime du président Bachar Al-Assad depuis le début de la révolte de ses opposants en mars 2011, Moscou a fait savoir mardi 5 juin qu'il ne considérait pas son maintien au pouvoir comme une condition préalable au règlement du conflit en Syrie. 

• La nouvelle stratégie : "Moscou pourrait lâcher [Al-Assad] sans lâcher le régime"

"Nous n'avons jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique", a déclaré mardi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, à l'agence de presse Itar-Tass. D'après Khattar Abou Diab, politologue et professeur à l'université Paris-Sud, "Moscou pourrait le lâcher sans lâcher le régime"

Cette déclaration intervient alors que la pression diplomatique s'est accentuée sur les alliés de Damas, Chine et Russie en tête, à la suite du massacre de Houla qui a fait au moins 108 morts le 25 mai. Farouchement opposés à une intervention militaire dans le pays ainsi qu'au renversement du président Assad, Pékin et Moscou avaient marqué un tournant dans leur diplomatie en signant trois jours plus tard le texte du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la tuerie, prenant soin toutefois de ne pas mettre en cause Damas. 

• Un changement de position bien accueilli

Un repositionnement de la Russie "lui permettra de sauvegarder ses intérêts en Syrie et dans le monde arabe", a estimé le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al-Fayçal, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion à Jeddah avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

"Nous espérons voir la Russie réévaluer sa politique dans la région et notamment sur la Syrie car elle va à l'encontre de la volonté populaire dans ce pays (...) et risque de lui faire perdre beaucoup [de crédibilité] auprès des Arabes", a-t-il insisté.

Quant à la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, elle a appelé mardi la Russie et la Chine à "contribuer à une solution" au règlement du conflit en Syrie."Nous pensons qu'il y a un chemin à suivre et nous sommes prêts à le suivre. Nous invitons les Russes et les Chinois à contribuer à la solution", a-t-elle expliqué lors d'un déplacement en Géorgie.

• Moscou et Pékin soutiennent toujours le plan Annan

Le président russe a par ailleurs entamé une visite de trois jours en Chine, consacrée en partie à la crise en Syrie. A cette occasion, Vladimir Poutine et Hu Jintao ont réaffirmé leur soutien au plan de Kofi Annan, présenté comme le seul moyen de mettre fin aux violences en Syrie. "Sur la question syrienne, les deux chefs d'Etat ont dit que la communauté internationale devait continuer de soutenir les efforts de médiation de l'Envoyé spécial conjoint de la Ligue arabe et de l'Onu Annan et de la mission d'observation de l'Onu pour promouvoir une solution politique au problème syrien", a rapporté la télévision publique chinoise.

"La Chine et la Russie ont conclu un accord tacite sur la manière de voter au Conseil de sécurité, a souligné Fyodor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs. En gros, la Chine suit le vote russe lorsque les intérêts vitaux de la Chine ne sont pas en jeu. Mais la Chine attend de la Russie qu'elle s'aligne sur elle lorsque Pékin le souhaitera", a-t-il ajouté, rendant peu probable une prise de position russe non concertée avec son allié chinois.

• Un plan de sortie comme au Yémen ? 

Fin mai, le New York Times avait rapporté que l'administration du président américain Barack Obama voulait s'allier à la Russie pour travailler à un plan de sortie de crise pour la Syrie, prévoyant le départ de Bachar Al-Assad. Il s'agirait de calquer ce plan sur la transition qui a mis fin à la présidence du Yéménite Ali Abdallah Saleh, après trente-trois ans de pouvoir, en février.

Certains membres du régime syrien, qui réprime dans le sang un mouvement de contestation depuis un peu plus d'un an, resteraient en place. Barack Obama et Vladimir Poutine devraient discuter de ce projet lors de leurs premiers entretiens depuis l'investiture du président russe, qui auront lieu dans le cadre du G20 les 18 et 19 juin à Mexico.