Syrie : l'ONU veut "faire la lumière" sur une éventuelle utilisation de gaz toxiques

Une morgue improvisée, près de Damas (Syrie), où des activistes accusent les forces de Bachar Al-Assad d\'avoir utilisé des armes chimiques contre la population, le 21 août 2013.
Une morgue improvisée, près de Damas (Syrie), où des activistes accusent les forces de Bachar Al-Assad d'avoir utilisé des armes chimiques contre la population, le 21 août 2013. (BASSAM KHABIEH / REUTERS)

Le Conseil de sécurité des nations unies s'est réuni en urgence mercredi soir après un bombardement qui aurait fait près de 1 300 victimes, vraisemblablement tuées par des gaz neurotoxiques, selon l'opposition.

"Il faut faire la lumière sur ce qui s'est passé et suivre de près la situation." C'est la simple déclaration de l'ambassadrice argentine Maria Cristina Perceval à l'issue de la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'usage présumé d'armes chimiques en Syrie, mercredi 21 août. Ce rendez-vous avait notamment été réclamé par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, quelques heures après la mort de plus d'un millier de personnes dans des bombardements violents près de Damas, la capitale. Selon l'opposition, les forces pro-gouvernement auraient utilisé du gaz neurotoxique.

Que s'est-il passé ?

Des bombardements ont pris pour cible des zones tenues par les rebelles à l'est de la capitale, selon plusieurs organisations d'activistes, dont l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Cette ONG basée à Londres, qui dispose d'un important réseau d'informateurs sur place, rapporte que ces attaques sont les plus violentes menées par l'armée depuis le début du conflit, en 2011.

Anne-Charlotte Hinet - France 2

"Après minuit, les forces du régime ont intensifié leurs opérations militaires dans les zones de la Ghouta orientale et occidentale, dans la région de Damas, en ayant recours à l'aviation et aux lance-roquettes, ce qui a causé plusieurs dizaines de morts et de blessés", explique l'OSDH à l'AFP. Selon l'ONG, "les forces loyalistes cherchent à reprendre" la localité de Madhamiyat el-Cham.

L'OSDH n'a toutefois pas voulu se prononcer sur l'utilisation de gaz neurotoxiques, évoquée par d'autres activistes. Les autorités syriennes ont elles démenti y avoir eu recours.

La Commission générale de la révolution syrienne a diffusé sur YouTube des vidéos (attention, images choquantes) présentées comme illustrant "un massacre épouvantable commis par les forces du régime à l'aide de gaz toxiques, faisant plusieurs dizaines de martyrs et de blessés". Sur l'une des vidéos, on peut voir des enfants dans un hôpital de campagne, à qui l'on tente de fournir les premiers soins. Des masques à oxygène doivent les aider à respirer, alors que des médecins tentent de ranimer d'autres enfants qui paraissent inconscients.

Quel est le bilan ?

L'opposition au régime de Bachar Al-Assad a fait état de près de 1 300 personnes tuées "dans des attaques chimiques". Le Bureau des médias de Damas, une autre organisation proche des insurgés, parle de 494 victimes, dénombrées dans les différents centres médicaux de la capitale.

Les militants antirégime des Comités populaires de coordination accusent eux "le régime d'avoir commis un crime indescriptible à l'aide d'armes chimiques dans ces zones (…) submergeant les hôpitaux de campagne avec des centaines de victimes, alors qu'il y a une grave pénurie de matériel médical nécessaire pour les secours".

Quelles sont les réactions à l'étranger ?

La France et le Royaume-Uni ont appelé l'ONU à se rendre sur les lieux du bombardement. Le ministre britannique des Affaires étrangères s'est inquiété : "Si les informations étaient confirmées, cela marquerait une escalade choquante dans l'utilisation des armes chimiques en Syrie." Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a pour sa part déclaré : "La France condamne (...) le massacre de Damas et exige une enquête immédiate."

Le dirigeant de l'équipe d'experts enquêtant actuellement sur l'utilisation d'armes chimiques dans le conflit a annoncé qu'il se rendrait sur les lieux de l'attaque uniquement s'il recevait le mandat d'un pays membre de l'ONU, comme l'indique Reuters. La Ligue arabe a appuyé cet appel, de même que l'OSDH, pour assurer "un accès afin de permettre l'arrivée d'aides médicales et les secours au plus tôt", et vérifier les informations faisant état de l'usage d'armes chimiques.

Comment a réagi l'opposition ? 

L'opposition syrienne a accusé la communauté internationale d'être "complice par son silence". "Celui qui nous tue et tue nos enfants ce n'est pas seulement le régime. L'indécision américaine nous tue. Le silence de nos amis nous tue (...). L'indifférence des Arabes et des musulmans, l'hypocrisie du monde que nous croyions libre, nous tuent", a déclaré un des chefs de l'opposition, George Sabra, devant la presse à Istanbul (Turquie). Selon lui, "le régime syrien se moque de l'ONU et des grandes puissances quand il frappe près de Damas avec des armes chimiques alors que la commission d'enquête internationale se trouve à quelques pas des victimes et des régions sinistrées".

Des représentants de la Russie et des Etats-Unis doivent se retrouver la semaine prochaine à La Haye, aux Pays-Bas, pour préparer la conférence de paix internationale sur la Syrie dite de Genève II, qui doit permettre une solution politique négociée entre Damas et la rébellion. Mais pour George Sabra, "tous les discours sur la conférence de Genève II et les propositions politiques sont vains avec la poursuite de ces massacres".

 

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