Pourquoi les frontières syriennes sont indispensables à la victoire des rebelles

Des rebelles syriens posent le 20 juillet 2012 devant le poste-frontière syrien de Bab al-Haoua, à la frontière avec la Turquie, après en avoir pris le contrôle.
Des rebelles syriens posent le 20 juillet 2012 devant le poste-frontière syrien de Bab al-Haoua, à la frontière avec la Turquie, après en avoir pris le contrôle. (BULENT KILIC / AFP)

SYRIE - Disputées, les frontières de la Syrie constituent des points d'entrée cruciaux pour les opposants au président Bachar Al-Assad. Explications.

C'est le lien entre la Syrie et l'extérieur. Des points de passage déterminants. Disputées entre l'armée syrienne et les groupes rebelles, les frontières de la Syrie constituent des points d'entrée cruciaux pour les opposants au président Bachar Al-Assad. 

Depuis dimanche 22 juillet, et parfois après des combats, les rebelles contrôlent un des trois postes-frontières avec l'Irak, jugé vital, et trois des sept qui existent avec la Turquie. Lundi, le ministère des Affaires étrangères syrien a répliqué en assurant que les rebelles "ne s'y maintiendront pas et qu'ils seront partis dans quelques jours". 

FTVi explique ce que permettent ces prises de contrôle des rebelles syriens.

Capture d\'écran d\'une carte de la Syrie. Les repères vert représentent les postes-frontières avec la Turquie contrôlés par les rebelles, le rouge celui avec l\'Irak et le repère violet l\'hôpital libanais qui accueille des Syriens blessés.
Capture d'écran d'une carte de la Syrie. Les repères vert représentent les postes-frontières avec la Turquie contrôlés par les rebelles, le rouge celui avec l'Irak et le repère violet l'hôpital libanais qui accueille des Syriens blessés. (FTVI)

1. Bloquer les échanges commerciaux du régime syrien

L'Irak est l'un des premiers destinataires des produits syriens dans le monde arabe. En contrôlant le poste-frontière de Boukamal, le principal avec l'Irak, les rebelles mettent donc un frein aux exportations.

"Les échanges commerciaux sont au point mort depuis un mois et demi. Avant, environ 40 camions arrivaient chaque jour de Syrie. Chaque camion transportait 27 tonnes de légumes, de fruits, de vêtements, d'équipements électroménagers", a indiqué à l'Agence France-Presse Farhan Farhan, maire de Qaïm, ville irakienne frontalière de la Syrie. "La prise de contrôle de Boukamal par les rebelles est un coup dur pour le régime syrien (...). Boukamal est bien plus vital pour la Syrie que pour l'Irak, notamment en raison des échanges qui s'y font", a ajouté Hamid Fadel, professeur de sciences politiques à l'université de Bagdad.

Envoyée spéciale en Turquie pour France 2, Martine Laroche-Joubert fait le même constat pour la frontière entre la Syrie et la Turquie. Le contrôle de trois postes-frontières entre les deux pays permet aux rebelles de bloquer le trafic des camions de ravitaillement à ces endroits stratégiques, indique-t-elle.

2. S'approvisionner en armes

Le contrôle des postes-frontières "va renforcer les rebelles et affaiblir le gouvernement syrien qui veut éviter à tout prix que des renforts en hommes et en matériel puissent parvenir à l'opposition", renchérit Hamid Fadel

Car les frontières sont des points de passage qui permettent aux rebelles de se procurer des armes. "Avec l'argent du Qatar et de l'Arabie saoudite, une filière d'approvisionnement en armes s'est mise en place à la frontière avec la Turquie", analyse un spécialiste de la question pour Le Monde (édition abonnés), dans un article mis en ligne samedi. Le poste-frontière avec l'Irak, Boukamal, pourrait "se transformer en plaque tournante de la contrebande d'armes", souligne de son côté l'analyste politique irakien Issan al-Chammari, interrogé par l'AFP.

Israël s'inquiète de cette situation. Avec des frontières poreuses, le pays craint que des armes syriennes tombent aux mains du Hezbollah. Mais le groupe politique armé chiite, qui soutient Bachar Al-Assad, a l'interdiction de recevoir des armes des Syriens et respecte ce principe. "Le Hezbollah fait profil bas", relève Gérard Grizbec, envoyé spécial de France 2 qui s'est rendu dans le fief du "parti de Dieu", dans la banlieue sud de Beyrouth, la capitale libanaise. 

3. Se soigner et se reposer avant de (re)partir au combat

Les rebelles profitent de la proximité avec le Liban pour faire soigner leurs blessures. Dans la ville libanaise de Tripoli, un hôpital a accepté de les opérer et de leur offrir du repos. Sur place, les journalistes Gérard Grizbec et Mathias Second ont recueilli les témoignages de rebelles hospitalisés. 

France 2

Depuis le début du conflit syrien, en mars 2011, la Turquie accueille des dizaines de milliers de réfugiés dans dix camps installés à la frontière entre les deux pays. L'un d'eux, le camp d'Öncüpinar, est situé face au poste-frontière syrien d'Al-Salama, tombé dimanche aux mains des rebelles. Il ressemble à une petite ville de préfabriqués, édifiée en plein soleil, sans un seul arbre aux alentours, raconte l'Agence France-Presse. Les conditions dans lesquelles les réfugiés syriens y vivent sont difficiles, l'eau et la nourriture manquent.

Avec l'autorisation des autorités turques, des médecins et des infirmiers syriens ont mis en place à 50 km de la ville turque Hatay, lundi, un dispensaire pour accueillir les blessés syriens dans de meilleures conditions. Il accueille autant de civils que de rebelles syriens blessés, indique Martine Laroche-Joubert, qui s'est rendue sur place. 

Comme le relève Le Monde (édition abonnés), "la province turque jouxtant la frontière" devient "une base arrière" pour l'Armée syrienne libre (ASL). Mais les rebelles syriens n'ont pas ouvert d'accès qui permettrait aux civils d'échapper à la violence des combats dans leur pays. "Ils tiennent les postes-frontières du côté de leur pays, mais pas du côté de la Turquie", précise Martine Laroche-Joubert. Les civils sont donc condamnés à entrer par des chemins de traverse pour se faire soigner. En attendant, les autorités turques se montrent compréhensives, et font tout ce qu'elles peuvent pour accueillir les réfugiés.

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