Plus de 80 000 morts en Syrie depuis le début de la révolte

Après un bombardement à Houla, dans la province de Homs (Syrie), le 26 avril 2013.
Après un bombardement à Houla, dans la province de Homs (Syrie), le 26 avril 2013. (MAYSARA AL-MASRI / AFP)

Alors que l'Observatoire syrien des droits de l'homme publie, dimanche, un nouveau bilan du conflit, francetv info examine la situation syrienne.  

Le bilan s'alourdit chaque jour un peu plus. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a publié, dimanche 12 mai, un nouveau décompte des victimes depuis le déclenchement de la révolte en Syrie, en mars 2011. Plus de 80 000 morts ont été recensés, dont près de la moitié de civils, selon l'ONG installée à Londres. Dans le même temps, sur le plan international, les discussions se poursuivent quant à la conduite à tenir vis-à-vis de la Syrie. Francetv info fait le point.

Les forces en présence

Au début de la révolte, l'un des mots d’ordre était de "mettre Bachar Al-Assad dehors". Deux ans plus tard, le régime est toujours en place, et ses forces armées poursuivent ce que le président syrien appelle la "bataille de la volonté et de la résistance". Soutenu par l’Iran, et militairement par le Hezbollah libanais, Bachar Al-Assad réplique aux attaques. Et alors que de nombreux pays occidentaux ont appelé à son départ, ils semblent désormais craindre le chaos que celui-ci pourrait engendrer.

Car en face, l’opposition ne présente pas un front uni. Laïques, déserteurs, salafistes, jihadistes... les rebelles composent un ensemble qui tient grâce à l'intensité de la répression. Selon Elizabeth O'Bagy, une chercheuse américaine que cite L’Express, "la rébellion syrienne est composée essentiellement (à plus de 80 %) de civils ayant pris les armes à partir de l'automne 2011". Mais tous n'ont pas pris les armes pour les mêmes motifs. Et le financement de la rébellion par le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie crée des tensions entre les différents groupes, alimentant l’instabilité.

Diverses forces contrôlent le territoire

Techniquement, il n’y a plus une Syrie. Le pays est scindé en plusieurs entités. C’est ce qu’a expliqué à francetv info l’universitaire Fabrice Balanche, spécialiste du Proche-Orient, qui envisage même à terme "une partition du pays, qui aboutirait à une recomposition territoriale du Proche-Orient".

Comme le montre la carte de la situation (qui date de mars), le pays est fragmenté, et la position des forces en présence évolue presque chaque jour. De plus, dans l’est du pays, les puissantes tribus sunnites ont mis la main sur les champs de pétrole du pays, selon Les Echos, et sur le marché noir qui en découle. Ce qui dérange à la fois les rebelles et le régime.

Les pays voisins impliqués

Israël a frappé en Syrie. Par deux fois, des raids ont détruits des armes du régime, venues d’Iran et destinées au Hezbollah, selon Tsahal. Cette intervention du voisin honni risque de déstabiliser encore plus la région, car les rebelles ne veulent surtout pas se voir associés à l’Etat juif et placés au ban des pays arabes.

En réaction, l’Iran a proposé son aide au régime syrien contre l’ennemi israélien. Par ailleurs, si le Liban n’intervient pas directement dans le conflit, son puissant parti chiite, le Hezbollah, soutient activement le régime, et a envoyé des hommes combattre les rebelles, au nom de la "protection des population libanaises" proches. Cette situation instable fait redouter une escalade dans toute la région.

La communauté internationale sans ligne de conduite

La communauté internationale ne sait plus sur quel pied danser en Syrie. "Après avoir fortement soutenu les rebelles, les Occidentaux ne veulent pas s’impliquer directement dans la poudrière syrienne”, analyse Fabrice Balanche. 

La France, déjà engagée au Mali, soutient l’opposition. Mais dans le même temps, son ministre des Affaires étrangères souhaite voir un groupe de combattants rebelles classé parmi les organisations terroristes. Quant à la Russie, elle a annoncé vendredi 10 mai qu’elle poursuivrait ses livraisons d’armes à la Syrie, afin de "respecter les contrats signés", selon le ministre des Affaires étrangères. Et le pays s’oppose toujours à une résolution du Conseil des Nations unies.

La question de l’utilisation des armes chimiques au cours du conflit a crée un imbroglio diplomatique. La crédibilité de Barack Obama est ainsi écornée alors que la "ligne rouge" qu'il avait tracée, l'utilisation d'armes chimiques dans le pays, semble bel et bien franchie. Nombre de pays ont reconnu à mi-voix l’usage du gaz sarin, mais aucun ne souhaite s’engager plus fortement, ce que dénonce le Premier ministre turc. Mais selon Fabrice Balanche, les Occidentaux préfèrent "gérer ce conflit", qui a fait plus de 80 000 morts, "que le résoudre".