Syrie : comment se passe le débriefing des ex-otages

L\'ex-otage Nicolas Hénin à son arrivée en France, le 20 avril 2014 à Villacoublay (Yvelines).
L'ex-otage Nicolas Hénin à son arrivée en France, le 20 avril 2014 à Villacoublay (Yvelines). (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres vont être interrogés en un lieu discret par la Direction générale de la sécurité extérieure. 

C'est un passage obligé pour tout ancien otage. Libérés samedi 19 avril après dix mois en Syrie, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres doivent être "débriefés" par les services secrets français sur leurs conditions de détention. Selon les spécialistes, ces entretiens se déroulent généralement en deux étapes, suivant des procédures bien rodées.

Francetv info vous explique comment cela se déroule.

1 Le témoignage à chaud

Quand ? Ce premier contact avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) s'est fait lors du vol de retour, entre la Turquie et la base militaire d'Evreux, dans le C-130 Hercules de la DGSE qui rapatriait les quatre journalistes. 

Comment ? "L'interrogatoire peut durer facilement deux ou trois heures", témoigne, dans Le Figaro, l'ancien otage Georges Malbrunot. Il est effectué par un seul agent, en tête à tête avec l'ex-otage, "dans une ambiance décontractée".

Pourquoi ? L'objectif est de profiter de la mémoire et des émotions immédiates de l'ex-otage avant que certains souvenirs ne s'estompent. Conditions et lieux de détention, calendrier de la captivité, changements de lieux, comportement des ravisseurs, éventuelles dissensions entre eux, armements et véhicules, langues utilisées par les ravisseurs, tout intéresse la DGSE.

Selon les mots de Georges Malbrunot, l'agent cherche à "constituer un puzzle" autour des preneurs d'otages. Il donne également quelques consignes à la personne interrogée pour son retour en France. "N'insultez pas vos ravisseurs devant la presse et ne dites pas où vous avez été détenu. Il faut penser aux futures prises d'otages", avait-on expliqué au journaliste du Figaro. C'est la raison pour laquelle Didier François n'a donné que très peu de détails sur sa captivité depuis son retour.

2 Le débriefing détaillé

Quand ? La seconde phase a lieu après le retour en France, dans un lieu calme et discret, une fois que les otages ont retrouvé leurs proches. Selon Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN, elle se déroule assez rapidement après la libération "pour ne pas raviver deux ou trois mois plus tard de très mauvais souvenirs".

Comment ? Selon Eric Denécé, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement, interrogé par Le Nouvel Observateur, l'ancien otage est débriefé par "au moins deux agents". On lui montre des photos des lieux où il aurait pu être détenu et de jihadistes qu'il aurait pu croiser. Cette séance de questions peut se faire en plusieurs fois.

Pourquoi ? Le débriefing détaillé permet de reposer les mêmes questions dans un contexte plus calme pour l'ancienne personne détenue. "Il n'est pas facile d'essayer de tirer des bribes d'informations à des otages tout juste libérés. Ils sont à la fois hébétés et surexcités, ils rencontrent les ministres, les médias, ils revoient leurs proches...", explique Eric Denécé.

Le moindre détail - a priori sans intérêt pour les ex-otages - peut aider les agents à parfaire leur connaissance des milieux rebelles en Syrie. Ces informations seront ensuite comparées avec des éléments recueillis par d'autres sources, ou lors d'échanges bilatéraux avec des services amis.

Ces débriefings permettent aux services de renseignement de reconstituer les modes opératoires des ravisseurs, et les différents intermédiaires. Comme l'écrit Georges Malbrunot, une prise d'otages constitue "une opportunité rare de collecter une masse d'informations sur tel ou tel groupe terroriste".