Obscurité, faim et violences : les ex-otages racontent leurs conditions de détention

Didier François, ancien otage en Syrie, s\'exprime après son arrivée sur le sol Français en compagnie de trois autres anciens otages, le 20 avril 2014 à Villacoublay (Yvelines).
Didier François, ancien otage en Syrie, s'exprime après son arrivée sur le sol Français en compagnie de trois autres anciens otages, le 20 avril 2014 à Villacoublay (Yvelines). (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY)

Deux des quatre anciens otages en Syrie ont raconté leurs dix mois de captivité. 

Après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste, dans des conditions "parfois violentes" et enfermés dans des sous-sols, les quatre journalistes français ont enfin pu embrasser leurs proches, dimanche 20 avril, à l'aéroport de Villacoublay (Yvelines), où les attendait aussi le président François Hollande. Avec pudeur et émotion, ils ont évoqué leurs conditions de détention, pendant ces dix mois.

"Dix mois complets sans voir le jour"

Sur Europe 1, Didier François a évoqué des conditions de détention "rudes", et "parfois violentes""Sur les dix mois et demi", les quatre otages sont "restés dix mois complets dans des sous-sols sans voir le jour, un mois et demi entièrement enchaînés les uns aux autres", a-t-il dit. 

Le reporter aguerri, doyen du groupe à 53 ans, a précisé : "Dans un pays en guerre, ce n'est pas toujours simple, que ce soit la nourriture, l'eau, l'électricité, parfois c'était un petit peu bousculé, les combats étaient proches, il est arrivé qu'on soit déplacés très rapidement dans des conditions un peu abracadabrantes." 

Des otages "pas toujours" bien traîtés

Très ému, Nicolas Hénin a expliqué que les otages avaient été "plongés dans le chaos syrien avec tout ce que ça veut dire". A-t-il été bien traité ? "Pas toujours", répond-il d'une voix étranglée. "Ca n'a pas toujours été facile." 

SAMAH SOULA - FRANCE 2

Interrogé par la chaîne Arte, sur laquelle il avait avant sa capture régulièrement diffusé des reportages, Nicolas Hénin a déclaré : "Ce dont on a le plus souffert pendant toute la première partie de notre détention, c'est du manque de nourriture. Heureusement on nous a donné au cours des derniers mois de quoi nous remplumer." 

"Le froid, également, nous n'avions pas d'eau chaude", a-t-il ajouté. "J'ai gardé les habits avec lesquels j'ai été capturé le 22 juin jusqu'au 23 décembre". "Il y a eu également un peu de maltraitance physique, mais cela tous les prisonniers syriens y passent" a poursuivi Nicolas Hénin. "La Syrie a toujours été un grand centre mondial de la torture." 

Nicolas Hénin a évoqué sa tentative d'évasion, samedi, courant toute une nuit dans la campagne syrienne avant d'être repris par ses ravisseurs. "En tout, a-t-il dit, je suis passé par une dizaine de lieux de captivité (...). La plupart du temps, avec d'autres personnes, notamment Pierre Torrès qui m'a rejoint assez vite. Cela a été une longue errance de lieux de détention en lieux de détention".

"Des bribes" d'informations reçues

"Ca a été long, mais on n'a jamais douté", a affirmé le grand reporter d'Europe 1 Didier François, seul ex-otage à s'exprimer dimanche, devant le micro. "De temps en temps, on avait des bribes, on savait que tout le monde était mobilisé... On a vraiment cette chance d'être Français", a-t-il ajouté, lors d'une brève déclaration, interrompue par un sanglot.

Certains geôliers parlaient français

Dimanche, le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, a affirmé que certains des geôliers parlaient français. "Il y a des Français, des Belges, des Italiens, des Européens en général, qui sont partis faire le jihad" en Syrie, a ajouté LaurentFabius lors du Grand rendez-vous I-Télé, Europe 1, Le Monde.

"Il faut être très discret car les terroristes utilisent tout contre les otages eux-mêmes", a-t-il souligné en rappelant que des journalistes d'autres nationalités, une vingtaine selon lui, étaient toujours détenus en Syrie.

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