Situation de double pouvoir au Yémen: chiites à Sanaa, sunnites à Aden

Les milices houthies lors de la prise de la capitale yéménite Sanaa, le 21 janvier 2015.
Les milices houthies lors de la prise de la capitale yéménite Sanaa, le 21 janvier 2015. (AFP/ STR)

Le Yémen est sans président ni gouvernement depuis la prise de la capitale par les milices houthies. Ce puissant clan chiite soutenu par l’Iran contrôle depuis janvier 2015 la région de Sanaa et une partie de la zone côtière. Le pays est au bord de la partition avec une situation de double pouvoir, chiite au nord à Sanaa, sunnite au sud à Aden.

La France, dont une ressortissante vient d'être enlevée au Yémen, a fermé son ambassade depuis la chute du président Abd Rabbo Mansour Hadi, tombé le 22 janvier 2015 sous la pression des manifestants houthis. A cette date, les milices chiites prenaient le contrôle du palais présidentiel et des bâtiments officiels de Sanaa, poussant à la démission le président et les membres du gouvernement. Originaire du nord du pays, cette puissante tribu chiite paralysait depuis septembre 2014 les principaux axes de la capitale.

Les Houthis ont toutefois trouvé sur leur chemin une forte résistance des tribus sunnites soutenues par l’Arabie Saoudite. Ils sont également confrontés aux combattants d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), très implantés dans le pays et que les drones américains frappent régulièrement. Face à ce chaos, le conseil de sécurité de l’ONU exigeait le 15 février 2015 la libération du président Hadi assigné à résidence à Sanaa et le retrait des milices houthies de la capitale.

(AFP/LF)
Retournement de situation
Appuyé par les pays occidentaux, le président Mansour Hadi a finalement été exfiltré le samedi 21 février de la capitale. Il s’est réfugié à Aden, d’où il est originaire. L’ancienne capitale du Sud-Yémen est un bastion sunnite où les Houthis n’ont pas prise. A peine libéré, Abd Rabbo Mansour Hadi a affirmé qu’il restait le président légitime du pays. Selon son conseiller, il devrait appeler le Parlement à se réunir désormais à Aden.

Situation de double pouvoir  
Le pays se retrouve avec un double pouvoir, l’un chiite à Sanaa, l’autre sunnite à Aden. Un pays coupé en deux comme cela était le cas avant la réunification de 1990. La fuite du président Mansour Hadi à Aden lui redonne un rôle politique. Elu le 21 février 2012 par 7,5 millions de voix, il est toujours reconnu par le parlement yéménite et par la communauté internationale.

Le Yémen semble dangereusement se rapprocher d’une situation de guerre civile chiite-sunnite avec un risque de partition du pays. Avec en toile de fond, comme toujours dans la région, le conflit entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Une rivalité encore exacerbée par les intenses négociations entre Téhéran et Washington sur le nucléaire iranien. Des négociations qui pourraient déboucher sur un vertigineux retournement d’alliance dans la région.
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