Mort de l'ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh : "Il va y avoir des combats de plus en plus violents"

Un combattant houthiste participe à la traditionnelle danse de Baraa, à Sanaa, au Yemen, le 28 novembre 2017.
Un combattant houthiste participe à la traditionnelle danse de Baraa, à Sanaa, au Yemen, le 28 novembre 2017. (KHALED ABDULLAH / REUTERS)

François Frison-Roche, chercheur au CNRS, a analysé pour franceinfo lundi les conséquences du décès de l'ancien président du Yémen, Ali Abdallah Saleh. 

L'ancien président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, a été tué ce lundi 4 décembre dans de violents combats qui agitent la capitale du pays, Sanaa. Le Yémen, enfoncé depuis trois ans dans la guerre, risque de subir une nouvelle montée de violences, a estimé sur franceinfo François Frison-Roche, chercheur au CNRS, ancien directeur du projet français d’aide à la démocratisation du Yémen (2012-2014). "Il va y avoir des combats de plus en plus violents, a-t-il pronostiqué. Les troupes restées fidèles au président Ali Abdallah Saleh ne vont pas laisser passer l'occasion de se venger".

franceinfo : Comment analysez-vous la mort confirmée de l'ancien président Saleh ? Peut-on parler d'un tournant dans le conflit ?

François Frison-Roche : Oui, c'est un tournant majeur dans le conflit, dans toutes ses dimensions, y compris humanitaires. Cela va être très difficile d'apporter de l'aide aux populations qui sont majoritaires dans le nord du Yémen. Manifestement, les Houthis vont non seulement se battre contre les forces gouvernementales du président Abdrabbo Mansour Hadi, et notamment les forces du général Ali Mohsen qui s'approchent de Sanaa, mais aussi les troupes restées fidèles au président Ali Abdallah Saleh qui ne vont certainement pas laisser passer l'occasion de se venger. La vengeance au Yémen est très importante notamment du point de vue tribal.

Faut-il craindre une recrudescence des violences ?

Certainement. Les Houthis vont être dos au mur. Ils vont avoir à se battre contre des forces très supérieures en nombre et surtout en qualité. Car si les Houthis pouvaient être d'excellents soldats sur le terrain, l'encadrement et les spécialistes, notamment pour le tir de missiles, étaient certainement ceux de l'armée restée fidèle au président Ali Abdallah Saleh.

Pourquoi a-t-il été tué ?

Parmi les Houthis il y avait deux factions. Une plutôt souple, prête à éventuellement soutenir le président Ali Abdallah Saleh dans cette tentative de négociation [avec la coalition menée par l'Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis], et une autre manifestement très forte, de durs, qui veulent absolument restaurer une forme de gouverment très ancien, mais qui à mon avis n'aura pas la capacité de s'établir, car ils n'ont pas la possibilité sur le terrain de pouvoir imposer longtemps leur mainmise.

Quelle est la vie quotidienne dans la capitale Sanaa ?

Les gens se terrent car il va y avoir des combats de plus en plus violents entre les forces houthistes qui maîtrisaient le nord de la ville et celles du président Saleh qui étaient plutôt au sud. La décision du président Saleh qui avait été de lancer une forme de soulèvement et son décès vont certainement alimenter les combats. La ville de Sanaa va voir des moments très difficiles dans les jours qui viennent.

L'ONU disait déjà que le pays vivait la plus grave crise humanitaire du monde. Cela va-t-il s'aggraver ?

Oui, très certainement car les Houthis, sauf à ce qu'ils soient rapidement battus, vont tout faire pour empêcher les forces fidèles au président Saleh et les forces du président Hadi de s'installer et d'aménager des couloirs humanitaires. Je peux imaginer que cela va être très dur d'acheminer cette aide humanitaire là où la population en a besoin. Cela fait trois ans que la guerre a débuté. Le Yémen importait déjà 80 à 90% de son alimentation dans les années 2010. Vous pouvez imaginer qu'après trois ans de guerre tous les circuits ont été plus ou moins interrompus, donc il n'y a plus rien. Surtout avec les pluies qui ont contaminé les cours d'eau, il y a cette pandémie de choléra. Non seulement la population est en situation de famine – l'ONU parle de sept millions de personnes –, mais cette pandémie va aggraver la situation.

"Cela va être très dur d'acheminer cette aide humanitaire là où la population en a besoin" François Frison-Roche, chercheur au CNRS à franceinfo.
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