Attaque de drones en Arabie saoudite : cinq questions sur l'approvisionnement mondial en pétrole

Une installation pétrolière d\'Aramco, le 15 septembre 2019 au sud de Riyad, la capitale de l\'Arabie saoudite.
Une installation pétrolière d'Aramco, le 15 septembre 2019 au sud de Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

La production de pétrole saoudienne a été réduite de moitié après des attaques de drones des Houthis yéménites, samedi, contre deux installations stratégiques de la compagnie pétrolière nationale Aramco.

Une frappe de drones contre deux importantes installations pétrolières saoudiennes, samedi, a sérieusement perturbé la production du royaume. Elle a également provoqué un regain de tension entre Washington et Téhéran, qu'un responsable américain a accusé d'être derrière cette "attaque sans précédent contre l'approvisionnement énergétique mondial". Voici ce que l'on sait de ces attaques et les questions qui se posent sur leurs conséquences.

Quelle est la gravité de l'attaque ?

L'infrastructure énergétique saoudienne a déjà été touchée à de nombreuses reprises par les rebelles houthis du Yémen, mais cette attaque est d'une autre ampleur : elle a ciblé la plus grande usine de traitement d'Aramco, la compagnie d'hydrocarbures nationale, située à Abqaiq, et l'un des principaux champs pétroliers du pays à Khurais, dans l'Est. Elle a obligé la société Aramco à suspendre temporairement environ la moitié de sa production.

Toutefois, l'ampleur des dégâts et les armes utilisées restent incertaines. Les journalistes n'ont pas été autorisés à s'approcher des installations. "Cela va attirer l'attention sur la guerre au Yémen", où l'Arabie saoudite intervient depuis 2015 à la tête d'une coalition armée, estime James Dorsey, expert à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour. "Ce conflit cesse progressivement d'être une guerre dans un coin perdu du Golfe", ajoute-t-il.

Qui est responsable ?

Les rebelles houthis affirment avoir lancé un essaim de drones, dans ce qui serait leur attaque la plus ambitieuse. Le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, a accusé Téhéran. Mais il n'a pas expliqué comment l'Iran était impliqué, ni d'où provenaient les armes. Dimanche, l'Iran a qualifié ces accusations "d'insensées". Des responsables américains et saoudiens enquêtent, selon le Wall Street Journal, sur la possibilité que l'attaque ait été menée avec des missiles de croisière lancés depuis l'Irak ou l'Iran. Bagdad a réfuté, dimanche, tout lien avec ces destructions.

L'approvisionnement mondial est-il affecté ?

Ces attaques, qui ont dans leur sillage réduit de 6% l'approvisionnement mondial en pétrole, pourraient faire grimper les prix de l'or noir lorsque les marchés rouvriront lundi. Mais leur impact dépendra de la rapidité avec laquelle les Saoudiens reprendront leur production. Le groupe Aramco a déclaré qu'il puiserait dans ses stocks pour compenser partiellement la baisse.

L'incident pourrait néanmoins ébranler la confiance des investisseurs envers le géant pétrolier, qui se prépare à une introduction partielle en Bourse. Ryad espère que cette opération colossale va lever jusqu'à 100 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus importante opération du genre.

Un conflit plus large est-il à craindre ?

Si la responsabilité directe de l'Iran était établie, un nouveau casse-tête de sécurité nationale s'annoncerait pour Donald Trump, et l'inflexion naissante de la position américaine face à Téhéran serait mise à mal. En juin, le président américain avait annulé une frappe contre l'Iran. Donald Trump cherche par ailleurs à organiser un sommet avec son homologue iranien lors de la prochaine assemblée générale de l'ONU, qui s'ouvre la semaine prochaine à New York.

Les frappes vont continuer d'exacerber la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Le puissant prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane a déclaré que le royaume était "capable" de répondre à cette "agression terroriste". Sans autres détails.

L'expert James Dorsey estime toutefois peu probables des représailles directes, car "les Saoudiens ne veulent pas d'un conflit ouvert avec l'Iran". Si l'implication des Houthis dans l'attaque était avérée, les pourparlers entre ces rebelles et Washington, qui viennent de démarrer, pourraient en revanche être reportés. 

Pourquoi Ryad ne parvient-elle pas à arrêter ces attaques ?

L'Arabie saoudite a investi des milliards de dollars dans du matériel militaire lourd, mais son arsenal s'est révélé inefficace contre les Houthis, une milice yéménite désordonnée mais très motivée et spécialisée dans les tactiques de guérilla. Les développements récents ont aussi mis en lumière la menace forte que représentait l'amélioration continue de l'armement des Houthis, des missiles balistiques aux drones sans pilote.

Si les puits de pétrole du royaume, essaimés sur une vaste zone géographique, sont une cible difficile, ses installations de traitement sont beaucoup plus exposées. L'usine d'Abqaiq est la plus "vulnérable", selon le Center for Strategic and International Studies, basé à Washington. Le vaste réseau d'oléoducs, de stations de pompage et de terminaux d'Aramco le long du Golfe et de la mer Rouge est également exposé. En mai, l'attaque de deux stations de pompage par un drone avait provoqué un arrêt des opérations de plusieurs jours.

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