Quatre questions sur Raif Badawi, le blogueur condamné à 1 000 coups de fouet en Arabie saoudite

Le blogueur saoudien Raif Badawi, photographié en 2012 à Jeddah (Arabie saoudite).
Le blogueur saoudien Raif Badawi, photographié en 2012 à Jeddah (Arabie saoudite). (FAMILY ALBUM / AFP)

L'homme a été condamné à la flagellation pour avoir critiqué le gouvernement et l'islam.

Dix ans de prison, 225 000 euros d'amende et 1 000 coups de fouet. C'est la sentence à laquelle a été condamné le Saoudien Raif Badawi pour avoir créé un site critiquant le gouvernement d'Arabie saoudite et l'islam. Emprisonné depuis juin 2012, ce blogueur a reçu vendredi 9 janvier ses 50 premiers coups de fouet. En théorie, il en sera de même pendant vingt semaines d'affilée, jusqu'à ce qu'il reçoive les 1 000 coups.

Mais, vendredi 16 janvier, sans doute échaudé par les réactions dans le monde entier, le cabinet du roi a annoncé que son dossier serait réexaminé, raconte RFI. Francetv info vous présente ce militant dont le sort émeut la communauté internationale.

Qui est-il ?

Agé de 31 ans, Raif Badawi est marié et père de trois enfants. Il a lancé en 2006 le site militant Free Saudi Liberals ("Libérez les libéraux saoudiens"). Selon The Guardian (en anglais), ses écrits lui ont valu en 2008 une interdiction de quitter le territoire, puis, en 2011, une fatwa.

Sa femme, Ensaf Haidar, quitte le pays cette année-là, après une tentative d'assassinat contre son mari pour exécuter cette fatwa. Aujourd'hui, Ensaf Haidar vit à Sherbrooke (Canada), où elle a obtenu l'asile politique. Raif Badawi a reçu en 2014 le prix Reporters sans frontières (RSF).

Pourquoi a-t-il été condamné ?

Comme l'explique RFI, Raif Badawi a été reconnu coupable d'insultes à l'islam, d'apostasie et de désobéissance au père, un délit en Arabie saoudite. Le jeune militant paie en fait ses écrits critiquant la place de la religion dans l'ultraconservatrice société saoudienne.

"La laïcité est une solution pour sortir des pays comme le nôtre du tiers-monde", écrivait-il par exemple en 2010, selon The Guardian (en anglais). "Les États qui sont fondés sur la religion confinent leurs peuples dans un cercle de foi et de peur", poursuivait-il, louant la séparation de l'Eglise et de l'Etat dans les pays européens.

Où en est sa condamnation ?

Emprisonné depuis 2012, le jeune homme a commencé à être flagellé le 9 janvier 2015. Mais la justice a annulé vendredi 16 janvier la deuxième séance pour raisons médicales. Selon RFI, le médecin de la prison juge que les blessures provoquées par les premiers coups de fouet ne sont pas suffisamment cicatrisées. Le même jour, le cabinet du roi a fait savoir que le dossier de Raif Badawi serait réexaminé par la Cour suprême dans les prochains jours.

Qui le défend ?

Le sort de Raif Badawi a déclenché une vague de réactions internationales. Dans la foulée du #JesuisCharlie des attentats de Paris, le mot-clé #JesuisRaif est apparu sur Twitter. L'Union européenne, l'ONU et les Etats-Unis ont réclamé l'annulation de cette sentence. "Les punitions corporelles sont inacceptables et contraires à la dignité humaine", a déclaré un porte-parole du service diplomatique de l'UE.

En France, l'ONG Amnesty International et Europe Ecologie-Les Verts appellent le gouvernement à réagir. "La France doit faire entendre sa voix, estime EELV. Une semaine après la gigantesque manifestation républicaine d'hommage aux victimes et de défense de la liberté d'expression, il serait incompréhensible que nous puissions continuer comme si de rien n'était."