VIDEO. Terrorisme : qu'est devenue Hayat Boumeddiene, grande absente du procès des attentats de 2015 ?

C’est la grande absente du procès des attentats de janvier 2015 qui s’est ouvert mercredi 2 septembre 2020. Hayat Boumeddiene, veuve du tueur de l'Hyper Cacher Amedy Coulibaly, était donnée pour morte, mais le témoignage d'une "revenante" de Daech a relancé les investigations. "Complément d'enquête" a remonté la piste de la terroriste présumée la plus recherchée de France.

Hayat Boumeddiene, complice présumée des attentats de janvier 2015, celle que l'on croyait morte, serait en vie. C'est la révélation fracassante qu'une jihadiste tout juste rentrée de Syrie a faite aux magistrats en mars 2020. Lors de son audition, la revenante a affirmé avoir croisé la veuve d'Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher, au camp d'Al-Hol, dans le nord-est syrien. 

Un témoignage pris très au sérieux

C'est le premier signe de vie de la terroriste la plus recherchée de France, la seule femme parmi les quatorze suspects renvoyés aux assises – qui sera jugée par défaut. Et il ne vient pas de n'importe qui… La "revenante" était mariée à un des responsables les plus importants de l'organisation Etat islamique.

Aujourd'hui, elle se dit "repentie", et reconnaît formellement Hayat Boumeddiene sur photos. Avant d'être capturées, les deux femmes auraient vécu sous le même toit à Raqqa. Ses dires sont corroborés par d'autres informations détenues par les services de renseignement, et pris très au sérieux. Le parquet antiterroriste a ouvert une nouvelle enquête. 

Exfiltrée du camp d'Al-Hol par l'EI ?

Le récit de la revenante contredit la version donnée en mars 2019 par la veuve de Jean-Michel Clain, l'une des voix francophones de Daech. Elle avait alors affirmé qu'Hayat Boumeddiene était morte sur le front, au moment de la chute de l'organisation Etat islamique. Intox ? Lors de son audition, la revenante a livré des précisions sur son évasion présumée du camp d'Al-Hol, en Syrie.

Voici son récit : "C'était des personnes qui étaient déjà sur place qui l'ont fait sortir. Elle était encore à fond pour l'Etat islamique. Son projet était de rester sur zone et de retourner dans un autre califat. Il y avait un émir qui avait dit à des femmes sur internet de préparer des bonnes chaussures pour tenir deux jours de marche, car ils allaient venir."

Un statut de veuve de martyr

Son récit est jugé plausible par deux journalistes indépendantes qui enquêtent sur les femmes jihadistes. Pour Edith Bouvier et Céline Martelet, ces exfiltrations auraient pu être financées par des cellules dormantes de Daech. Car s'il n'a plus de territoire, l'organisation terroriste n'est pas pour autant sans moyens...

Selon la fondation américaine Rand Corporation, le butin qu'elle aurait amassé se monterait aujourd'hui encore 400 millions d'euros. Il aurait pu servir notamment à exfiltrer celle qui était considérée comme la veuve d'un martyr. Une évasion avec l'aide de passeurs coûterait entre 9 000 et 12 000 dollars. 

Pourquoi elle pourrait se cacher à Idlib

Comme beaucoup de jihadistes en fuite, Hayat Boumeddiene avait pour projet, selon la revenante, de rejoindre la région d'Idlib, et espérait un retour du califat. Cette enclave, en lisière de la frontière turque, échappe au contrôle des Kurdes depuis plus de deux ans.

C'est une zone d'habitations détruites "où il est facile de se cacher", explique Edith Bouvier. Dans ces endroits, "ça fait longtemps qu'on n'a pas eu le temps de faire un recensement et de vérifier qui est où et qui vient d'où. Donc dans cette zone-là, une femme qui sera voilée et les mains gantées passera inaperçue quelles que soient sa nationalité et son origine". 

Extrait de "Hayat : la menace fantôme", un reportage de Rola Tarsissi et Julien Daguerre, à voir dans "Complément d'enquête" le 3 septembre 2020.

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