VIDEO. Que savait la France sur les arrangements de Lafarge en Syrie ? Les révélations d’un diplomate dans "Complément d’enquête"

Jeudi 22 mars à 22h40 sur France 2, "Complément d’enquête" diffuse un document consacré au cimentier Lafarge, accusé d’avoir financé le groupe Etat islamique en Syrie. Le journaliste a recueilli plusieurs témoignages exclusifs sur ces accusations et sur le rôle de l’Etat français dans cette affaire.

Pour la première fois, un diplomate français en poste à Damas révèle que le gouvernement syrien était informé du financement du groupe Etat islamique par le cimentier Lafarge et en aurait parlé à des diplomates occidentaux dès 2013. Voici ses révélations, dont certaines sont à retrouver dans le documentaire de "Complément d’enquête".

A l’époque, Anis Nacrour est le chef de la délégation diplomatique de l’Union européenne en Syrie. Il s’exprime dans "Complément d’enquête" pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement français. Il affirme avoir été abordé en septembre 2014 par l’un des responsables du ministère syrien des affaires étrangères : "Mes interlocuteurs syriens me disaient que directement ou indirectement, Lafarge finançait des mouvements terroristes." Selon le diplomate, ses interlocuteurs auraient cité l’Etat islamique et le mouvement Jabhat Al Nosra, tous deux mentionnés sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

L'usine syrienne, une carte maîtresse pour le gouvernement français ?

"Ils disaient que pour préserver l’outil de production, Lafarge recourait à des tiers qui finançaient indirectement le terrorisme et que le gouvernement français ne pouvait pas l’ignorer, et que par conséquent, on entérinait ce genre de position en ne les condamnant pas. Ils me disaient que l’attitude de Lafarge, qui était un fleuron de l’industrie française, contredisait complètement les positions officielles du gouvernement français et qu’il y avait une déconnexion totale entre la réalité de ce que eux savaient sur le terrain et les positions affichées par la France au niveau officiel, de lutte contre le terrorisme."

Depuis le début de l’enquête, certains cadres de Lafarge affirment que le Quai d’Orsay aurait poussé Lafarge à rester en Syrie. Selon le diplomate Anis Nacrour, l’usine du cimentier français représentait en tout cas un outil stratégique pour le gouvernement français, qui misait sur le départ de Bachar Al-Assad après la révolution arabe : "On estimait que c’était un outil nécessaire et tout à fait positif dans le reconstruction du pays. Il fallait concevoir après si on continue à prendre le schéma comme quoi le régime va s’effondrer et qu’il y a de la reconstruction, évidemment un cimentier qui a la position dominante qu’a Lafarge en Syrie, c’était une carte maîtresse."

Le rôle trouble de la DGSE

"Complément d’enquête" revient aussi sur le rôle trouble de la DGSE, les services secrets français, dans ce dossier et révèle les liens entre certains cadres de Lafarge et les services de renseignement.

Selon Matthieu Fauroux, journaliste à "Complément d’enquête", "Lafarge a employé plusieurs anciens agents de la DGSE à sa direction de la sûreté à Paris, personne n’en avait parlé jusqu’à aujourd’hui". Le documentaire révèle aussi des rendez-vous réguliers entre le responsable de la sureté de Lafarge à Paris et un officier de la DGSE. Que savait le gouvernement français des arrangements de Lafarge avec l’Etat islamique en Syrie ?

Le témoignage exclusif de ce diplomate et les révélations sur le rôle des services secrets français sont à découvrir dans "Lafarge : les sombres affaires du roi du ciment", un document de "Complément d’enquête" réalisé par Matthieu Fauroux, à voir le jeudi 22 mars à 22h40 sur France 2.

Vous êtes à nouveau en ligne