VIDEO. "On n'a pas besoin d'avoir l'opinion avec nous pour avoir raison" affirme Hervé Temime, signataire de la tribune contre les condamnations à mort en Irak

franceinfo

"Il en va de l'honneur de la France d'éviter que des ressortissants français puissent être condamnés à mort", a affirmé l'avocat sur franceinfo.

Quarante-quatre avocats dénoncent dans une tribune les condamnations à mort des jihadistes français en Irak. L'un des signataires de cette tribune, Hervé Temime, avocat au barreau de Paris, fondateur et président d’honneur de l’association des avocats pénalistes, a estimé lundi 3 juin sur franceinfo "qu'il en va de l'honneur de la France d'éviter que des ressortissants français puissent être condamnés à mort".


franceinfo : Pourquoi avoir publié cette tribune sur franceinfo.fr ?

Hervé Temime : Notre tribune n'a pas vocation à être une arme totalement dissuasive, pour prendre un discours guerrier. Mais je pense qu'elle est absolument nécessaire parce que ce qui la motive, c'est bien sûr la peine de mort et l'exécution éventuelle de condamnations à mort.

Il y a deux mois, un sondage montrait que huit Français sur 10 souhaitaient que les jihadistes français soient jugés sur place, en Syrie ou en Irak. Est-ce que vous avez l'opinion française contre vous ?

J'en suis pleinement convaincu. Comme elle était contre ceux qui étaient favorables à l'abolition de la peine de mort en 1981. C'est justement parce que l'opinion française est contre nous qu'il faut tout faire pour que ces condamnations ne soient pas prononcées, ni exécutées, parce que s'il y avait des condamnations à mort exécutées, si ça se trouve, l'opinion française serait encore favorable et ça pourrait rouvrir un débat qui ne doit jamais plus rouvrir : celui de l'abolition de la peine de mort ou du retour de la peine de mort. On n'a pas besoin d'avoir l'opinion avec nous pour avoir raison.

En quoi le président de la République est-il directement responsable de ce qui s'est passé en Irak et de ces condamnations ?

Je crois que la France incarne beaucoup plus que sa puissance économique, que le pays que nous sommes vraiment. L'abolition de la peine de mort est probablement un acquis qui doit être définitif pour la France, et qui est essentiel. Le président de la République, et ce n'est pas une tribune politique, doit effectivement tout faire pour éviter ces exécutions.

Vous demandez à Emmanuel Macron le rapatriement des jihadistes français ?

Si possible le rapatriement, au moins que les peines soient commuées. Sa responsabilité, c'est certainement d'avoir rendu possibles des décisions pareilles en Irak où on savait que la peine de mort pouvait intervenir. Je ne dis pas qu'il y a une forme de cynisme d'État, mais on pourrait le craindre si on n'arrivait pas à éviter cette catastrophe. Je crois qu'il en va de l'honneur de la France d'éviter que des ressortissants français puissent être condamnés à mort même s'ils ont commis les pires des actes (...) Ce sont des Français. La France doit faire en sorte que ses ressortissants, quels que soient les crimes qu'ils ont commis, soient jugés dans des conditions qui leur permettent un procès équitable et qui leur garantisse qu'ils ne seront pas condamnés à mort.

Quand vous entendez le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian expliquer devant l’Assemblée nationale que les procès étaient équitables, que les droits de la Défense ont été respectés, comment réagissez-vous ?

Je me dis que la politique est un art bien difficile et je suis très heureux de ne pas en faire, parce que manifestement, c'est une posture, un discours de façade, une langue de bois absolue. Mais c'est un langage diplomatique. Je pense que le sujet n'est pas facile. On ne minimise pas l'ampleur de la tâche pour la diplomatie française et pour le président. Mais à l'évidence, ces procès ne sont absolument pas équitables. C'est même scandaleux d'accepter que des hommes ou des femmes puissent être condamnés à mort, condamnés tout court dans de telles conditions sans qu'on réagisse. Je suis persuadé qu'en coulisses, d'autres discours, d'autres actes sont tenus et accomplis.

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