"Il fallait que je devienne acteur de cette révolution" : le témoignage d'un Français qui a combattu aux côtés des Kurdes contre Daech

Des combattants kurdes non loin de Baghouz, en Syrie, le 15 mars 2019.
Des combattants kurdes non loin de Baghouz, en Syrie, le 15 mars 2019. (AURÉLIEN COLLY / FRANCE-INFO)

André Hébert est un Français qui a combattu en Syrie avec les Kurdes, contre le groupe Etat islamique. Il publie un livre intitulé "Jusqu'à Raqqa" où il raconte les raisons de cet engagement.

André Hébert a combattu aux côtés des Kurdes de Syrie contre le groupe Etat islamique. Dans son livre Jusqu’à Raqqa - Avec les Kurdes contre Daech, il raconte les raisons qui l'ont poussé à s'engager contre les jihadistes de l'EI  en 2014 alors qu'il était étudiant. Les Kurdes sont maintenant menacés par la Turquie. Pour lui, "la France doit prendre position très clairement et empêcher une nouvelle invasion turque".

franceinfo : Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

André Hébert : Je suis parti pour la première fois en 2015. Je suis militant marxiste, révolutionnaire. Les valeurs qui sont portées par les Kurdes et leur dynamique révolutionnaire basée sur la démocratie directe, un système de communes, une économie socialiste avec des coopératives et une forme de féminisme radical, tout ça correspondait exactement à mes valeurs et à la façon dont j'avais envie que la société évolue. Je me suis dit qu'il fallait que je devienne acteur de cette révolution.

Est-ce facile de rejoindre les forces kurdes ?

Oui, c'est assez facile. Il y avait une procédure. La première fois c'était par un groupe Facebook. Tout était transparent. C'est une démarche qui est parfaitement légale. À partir de ce moment-là, on fait un entretien par visioconférence et ensuite on se rend au Kurdistan irakien par avion. C'est une sorte d'entretien de motivation pour savoir qui on est, nos convictions politiques, pour quelles raisons on a envie de se rendre là-bas, combien de temps on est prêt à rester.

Comment cela se passe une fois sur place ?

On arrive dans un camp d'entraînement militaire dans lequel il y a quelques Kurdes mais surtout des volontaires étrangers. Il y a eu, à ma connaissance, entre une trentaine et une quarantaine de Français qui depuis fin 2014 ont appartenu au YPG (Unités de protection du peuple). Ensuite, il y a une formation militaire, idéologique et aussi linguistique pour apprendre les bases de la langue kurde. Ensuite, on nous demande quel type d'unité on souhaite rejoindre et on nous redemande à chaque fois. À chaque étape, on est totalement volontaire.

À quoi ressemble la guerre contre l'Etat islamique ?

De ce que j'en ai vécu, cela dépend des situations. Il y a parfois des affrontements à assez longue distance. À Raqqa, dans la vieille ville, il y avait dans un certain nombre de ruelles des combats qui étaient à bien plus courte distance.

Qu'avez-vous découvert lors d'un passage en France ?

J'avais eu un entretien qui s'était bien passé avec la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) à mon premier retour. Deux jours avant que je ne prenne l'avion pour retourner sur place, des policiers ont débarqué chez moi pour prendre mon passeport, ma carte d'identité. Ils savaient que j'étais avec les Kurdes, mais ils m'ont accusé d'avoir des liens avec l'émanation d'une organisation terroriste et ils avaient peur que l'expérience militaire que j'avais acquise sur place puisse être utilisée contre les intérêts français.

Tous ces documents étaient un chef d'œuvre de paranoïa et le tribunal administratif a dit quelques mois après que tout cela était complètement infondé et que le YPG (Unités de protection du peuple) n'était pas une organisation terroriste et qu'il fallait me rendre mon passeport.

Les Kurdes sont menacés par la Turquie. La France doit-elle les protéger ?

Évidemment. Cela aurait déjà dû être le cas lors de l'invasion du canton d'Afrin [dans le nord-ouest de la Syrie] qui est une partie du Kurdistan syrien. Il y a eu un silence coupable de l'ensemble de la communauté internationale.

La Turquie mène une politique de nettoyage ethnique à Afrin. Elle a recruté des bandes mafieuses pour piller ce territoire, elle déplace les Kurdes de leur terre et avec l'aide de jihadistes, la Turquie est en train de créer un califat bis sous la protection de l'Otan. La France, évidemment, doit prendre position très clairement et empêcher une nouvelle invasion turque qui relancerait cette guerre pendant de longues années.

La couverture du livre d\'André Hébert, sorti le 8 mars 2019.
La couverture du livre d'André Hébert, sorti le 8 mars 2019. (Editions Les Belles Lettres)

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