Rapatriement de dix enfants de jihadistes : "Cette sélection" des enfants "est incompréhensible", dénonce une avocate

Me Camille Lucotte, lors d\'un concours de plaidoiries pour les droits de l\'homme au mémorial de Caen, en 2019.
Me Camille Lucotte, lors d'un concours de plaidoiries pour les droits de l'homme au mémorial de Caen, en 2019. (THOMAS BR?GARDIS / MAXPPP)

À ce rythme-là, il faudra 40 ans pour qu'ils rentrent, projette l'avocate qui demande à ce qu'ils soient tous "rapatriés en urgence".

Alors que le Quai d’Orsay annonce avoir rapatrié dix enfants de jihadistes français qui étaient retenus dans des camps de déplacés sous contrôle kurde en Syrie dans la nuit de dimanche à lundi, l’avocate de Français détenus en Syrie, Maître Camille Lucotte, dénonce lundi 22 juin sur franceinfo une "sélection" des enfants "incompréhensible". Pour elle, "ils doivent tous êtres rapatriés en urgence".

franceinfo : Sait-on qui sont les dix enfants rapatriés et comment ils ont été choisis ?

Me Camille Lucotte : Pas du tout. C’est ce qui est un peu terrible. On se demande pourquoi est-ce que certains enfants ont le droit d'être protégés et pas d'autres. On est évidemment ravis que ces enfants soient rentrés. Il faut se rendre compte un peu du danger qu'ils encourent sur place, que ce soit sur le plan sanitaire ou sur le plan sécuritaire. Évidemment, c'est une victoire, ces dix d'enfants qui sont sauvés. Mais on ne sait pas du tout dans quelles conditions ils sont choisis. J'ai cru comprendre qu’il y en avait qui étaient orphelins. Je suis assez surprise puisqu'il y a un an, en juin dernier, on nous disait qu'on avait rapatrié tous les enfants français orphelins dans les camps et d'ailleurs que c'était ce critère-là qui permettait de faire le rapatriement. Et aujourd'hui, on découvre qu'il y en a encore plusieurs, je pense qu'il y en a encore des dizaines.

Dénoncez-vous ces rapatriements au compte-gouttes ?

Cette sélection est incompréhensible. En deux ans, il y a eu quatre rapatriements,18 enfants sont rentrés [avant les 10 enfants rapatriés dans la nuit], donc tous les six mois, il va y avoir cinq enfants qui vont rentrer et dans 40 ans, les derniers seront rentrés en France ? S'il y a des rapatriements, c'est parce que les autorités françaises savent que les conditions sanitaires sur place sont inadmissibles, déplorables et dangereuses pour ces enfants.

C'est incompréhensible qu'on en laisse encore 250-300 sur place. Maître Camille Lucotte, avocate de Français détenus en Syrieà franceinfo

Ils doivent tous être rapatriés en urgence. C'est d'autant plus scandaleux que nous, les avocats, nous avons saisi les comités de défense des Droits de l'Homme onusiens et que devant ces comités, la France nous martèle qu'elle ne peut absolument rien faire et qu'elle ne peut pas rapatrier les Français qui sont sur un territoire qui n'est pas sous contrôle français.

Est-ce dû à un manque de courage politique ?

Oui, ça, c'est certain. On le dénonce depuis trois ans maintenant. On n'aurait jamais imaginé en être encore à ce stade-là et qu’il y ait encore tant d'enfants en danger alors que ça fait trois ans qu'on alerte très régulièrement les autorités. Nous, on est maintenus dans un silence absolu. On n'a aucun retour des autorités. On n'est absolument pas informés quand il y a des rapatriements, même quand ça concerne des familles qu'on peut défendre. En général, on le sait par la presse. On le sait parfois un peu en amont, mais ce n'est pas toujours le cas. On est tenu dans un silence absolu puisque la France ne veut pas avoir à rendre de comptes sur ce qu'elle fait et sur ce qu'elle décide par rapport à ces Français.

Comment vont les enfants qui ont déjà été rapatriés ? Y a-t-il un suivi ?

Oui, le suivi se fait au jour le jour. Quand ce sont des enfants qui sont confiés à l’aide sociale à l’enfance, nous, les avocats, on fait le suivi en continu avec les familles.

De mon expérience, pour les enfants que je connais, les résultats des expertises sont bons. Ces enfants vont à l'école, se font des amis. Toutes les situations sont très rassurantes et positives. Me Camille Lucotte

Ce sont des enfants qui sont en très bas âge. Moi, ça me révolte. Comment est-ce qu'on peut penser que des enfants qui ont moins de cinq ou six ans sont perdus ? Évidemment que des enfants de cet âge-là, s'ils sont aimés, encadrés dans des conditions satisfaisantes pour leur développement, ce sont des enfants normaux.

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