"Nous sommes inquiets, tout est possible aujourd’hui", confie l'un des avocats de la Française Mélina Boughedir rejugée en Irak

Mélanie Boughedir au tribunal de Bagdad le 19 février 2018.
Mélanie Boughedir au tribunal de Bagdad le 19 février 2018. (STRINGER / AFP)

Le tribunal fédéral de Bagdad rejuge, dimanche, la Française Mélina Boughedir. Arrêtée à Mossoul en 2017, ancien fief de Daech, elle encourt la peine de mort. Franceinfo vous emmène dans les coulisses du procès.

En Irak, le tribunal fédéral de Bagdad doit juger en appel, dimanche 3 juin, la Française Mélina Boughedir. Arrêtée à Mossoul en 2017, ancien fief de Daech, cette mère de famille de 27 ans, condamnée en première instance à 7 mois de prison, encourt la peine de mort. Franceinfo vous emmène dans les coulisses de ce nouveau procès et de la justice irakienne.

Trois avocats français et un défenseur irakien

William Bourdon, Vincent Brengarth et Martin Pradel ne connaissent pas Mélina Boughedir. Pour la première fois dimanche les trois avocats français ont vu celle qu’ils défendent pourtant depuis plusieurs mois. De cette jeune femme, ils ne savent que des bribes de vie, racontées par ses parents ou sa sœur, eux qui attendent en région parisienne dans l’angoisse du verdict. C’est aussi la première fois qu’ils rencontrent Nasserdine Madloul Abed, l’avocat irakien qui tente de défendre Mélina Boughedir depuis le mois d’avril. "Vous êtes un homme courageux", lui lance William Bourdon, en serrant la main du défenseur quadragénaire.

Pendant deux heures avant le procès, les quatre hommes s’isolent avec une interprète autour d’une table de l’hôtel ultra sécurisé où séjournent les avocats français. Ils se font expliquer la procédure irakienne, demandent s'ils pourront voir leur cliente avant le début du procès, quelle attitude elle avait lors de la dernière audience, si elle avait exprimé des regrets. Oui, leur répond Nasserdine Madloul Abed. Elle a dit qu’elle avait fait le pire choix de sa vie en suivant son mari, assure-t-il. Sans cacher son inquiétude, William Bourdon se dit un peu plus confiant après cette discussion, d'autant que Nasserdine Madloul Abed vient de lui confirmer une information importante. "Au terme de ce que nous a indiqué notre confrère irakien, le magistrat qui avait fait l’instruction, qui a supervisé les auditions de Mélina ces derniers mois, a conclu au fait que Mélina n’était pas une combattante, n’était pas une terroriste", déclare l'avocat français. Son confrère irakien lui a dit aussi qu'"elle était restée chez elle comme une mère au foyer et qu’il n’y avait pas d’élément factuel permettant de dire le contraire". Selon William Bourdon, "les enjeux sont considérables. Nous sommes inquiets. Tout est possible aujourd’hui".

"La pression de la France" dénoncée

Les avocats français veulent croire à un acquittement, mais ils savent aussi que Mélina Boughedir risque la perpétuité, et même la peine de mort. Ils craignent surtout ce qu’ils nomment, dans un courrier adressé samedi au ministre des Affaires étrangères, "la pression de la France sur la justice irakienne". Jeudi, Jean-Yves Le Drian a qualifié Mélina Boughedir de "terroriste de Daech". Une atteinte inacceptable à la présomption d’innocence, dénonce Martin Pradel. "C’est une interférence qui, à nos yeux, est tout à fait inacceptable dans le processus de justice irakien par la voix du ministre des Affaires étrangères lorsque l’on vient dicter par avance que la personne poursuivie et que nous défendons, est coupable, déclare l'avocat. Et quand par ailleurs, on invente des charges contre elle."

Toutes les interférences extérieures sont des éléments qui sont autant d’ennemis de la justice.Martin Pradel, un des avocats de Mélina Boughedirà franceinfo

Lors de son procès, Mélina Boughedir n’aura que quelques minutes pour tenter de convaincre les trois juges irakiens qui vont sceller son sort et l’avenir de ses enfants. Trois ont été rapatriés en France en décembre, ils sont placés dans la même famille d’accueil. Seule sa plus jeune fille de 16 mois est restée avec elle. Que vont-ils devenir si leur mère est condamnée, s’interroge Vincent Brengarth. "Ce sont des enfants privés de vivre avec leur mère et en plus, privés de la possibilité de la voir, ne serait-ce que pour un droit de visite. Potentiellement, en fonction des accusations, ils pourraient ne jamais revoir leur mère. On imagine le cas inhumain,  impensable d’une telle situation", s'alarme-t-il.

À l'issue du procès, la justice irakienne va dire si elle estime que Mélina Boughedir est une terroriste ou si elle n’a été, comme elle le clame, qu’une mère au foyer à Mossoul.

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