L'Etat islamique en Irak et au Levant, la start-up du jihad au succès croissant

Des combattants de l\'Etat islamique en Irak et au Levant montent la garde à un poste de contrôle, le 11 juin 2014, à Mossoul (Irak).
Des combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant montent la garde à un poste de contrôle, le 11 juin 2014, à Mossoul (Irak). (REUTERS)

Devenue l'organisation terroriste la plus riche au monde, EIIL, qui a conquis le nord de l'Irak, se présente comme la force montante du jihad mondial.

Son acte de naissance daterait d'avril 2013. Sous l'impulsion d'un chef redoutable, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) s'est constitué, en quelques mois, une large zone d'influence au Proche-Orient, en profitant de la crise syrienne et de l'affaiblissement du pouvoir irakien. Mercredi 18 juin, ses combattants au drapeau noir ont poursuivi leur conquête du pays par le nord, en s'attaquant à la principale raffinerie irakienne, à 200 km de la capitale Bagdad.

Responsables de nombreux enlèvements et attentats, ces sunnites ultra-radicaux militent pour l'établissement de la charia et la création d'un Etat islamique d'Irak et de Syrie. Déjà connus pour des actes de cruauté en Syrie, ils ont diffusé, samedi, des photos d'exactions commises contre des soldats irakiens, dont 1 700 auraient été tués.

Derrière cette organisation à la croissance rapide se cache une structure élaborée. Explications.

Une comptabilité rigoureuse

Comme une entreprise, l'EIIL a publié, en 2013 et 2014 (en arabe), des rapports annuels destinés à résumer son activité au cours des précédents mois. Plutôt que de bénéfices et d'investissements, il y est question d'opérations armées. Pour 2013, un millier d'assassinats est ainsi revendiqué, ainsi que 4 000 explosions de bombes et des centaines de libérations de prisonniers. Le document précise même le nombre de personnes converties par l'EIIL.

Détaillé sur 410 pages, le rapport pour 2013 "donne des indicateurs de performance comme on peut le faire pour attirer des donateurs", estime, dans le Financial Times, Jessica Lewis, directrice de recherche à l'Institute for the Study of War, qui a analysé le document.

Capture d\'écran d\'une infographie figurant dans \"Al-Naba\", un rapport annuel publié, le 31 mars 2014, par l\'Etat islamique en Irak et au Levant.
Capture d'écran d'une infographie figurant dans "Al-Naba", un rapport annuel publié, le 31 mars 2014, par l'Etat islamique en Irak et au Levant. (I’TISAAM MEDIA FOUNDATION / FRANCETV INFO)

Un financement solide

En plein essor, l'EIIL s'appuie sur de multiples sources de financement. On trouve des dons (venus d'Irakiens ou de réseaux jihadistes du Golfe persique), des rançons (grâce à des prises d'otages, visant notamment des journalistes français), de la contrebande (vente du pétrole des zones conquises en Syrie ou d'objets archéologiques volés) et même des impôts sauvages (près de 6 millions d'euros par mois prélevés auprès d'entreprises de Mossoul, en Irak, selon un think-tank cité par le Financial Times).

Le récent pillage des coffres de la banque centrale de Mossoul, qui abritait plus de 300 millions d'euros, a fini de faire d'EIIL "l'organisation terroriste la plus riche du monde", selon The International Business Times (en anglais). Avant même la prise de la deuxième ville du pays, les jihadistes "possédaient 645 millions d'euros", selon un responsable irakien, cité par The Guardian (en anglais). Leur butin a, depuis, augmenté de plus d'un milliard d'euros, selon cette source.

L'innovation au cœur de la communication

Pour assurer sa com' à peu de frais, l'EIIL investit largement les réseaux sociaux. "Allah soit loué pour avoir offert Twitter aux moudjahidin pour qu'ils puissent partager leurs joies et ne pas avoir à écouter la BBC, Al-Arabia, Al Jazeera", a même tweeté un jihadiste, cité par The Telegraph (en anglais), le 10 juin. Vendredi, quand l'Irak a bloqué l'accès aux réseaux sociaux, les jihadistes ont pu se rabattre sur une application pour smartphones développée par les geeks de l'EIIL, ajoute The Telegraph (en anglais). L'application a été supprimée, mardi, par Google, précise France 24.

Une autre facette du "jihad post-moderne", customisé pour les jeunes générations, passe par la diffusion de nombreuses vidéos "pour susciter l'engouement à des fins de propagande et de recrutement", indique le chercheur Dominique Thomas au Monde. Certaines images violentes s'inscrivent aussi dans une "logique de la terreur" pour "inciter les militaires [adverses] à la désertion", ajoute-t-il.

Une personne présentée comme un leader de l\'Etat islamique en Irak et au Levant (G) se tient devant des voitures en feu, le 8 janvier 2014, dans un lieu indéterminé en Irak.
Une personne présentée comme un leader de l'Etat islamique en Irak et au Levant (G) se tient devant des voitures en feu, le 8 janvier 2014, dans un lieu indéterminé en Irak. (HANEIN.INFO / AFP)

L'EIIL s'appuie sur d'autres canaux de communication plus classiques. Outre un label de production vidéo, l'organisation possède un forum, Al-Minbar. Elle est aussi présente sur le terrain, avec notamment des distributions de nourriture et une "certaine assistance sociale" pour s'assurer du soutien des civils, selon le chercheur Alain Rodier, interrogé par francetv info. Les civils sont d'autant plus importants qu'ils peuvent servir de boucliers humains en permettant aux jihadistes de se fondre dans la population.

Un développement rapide

Les efforts de communication de l'EIIL ont un impact sur l'image de marque de l'organisation. "L'Etat islamique en Irak et au Levant est devenue l'organisation la plus populaire auprès des combattants étrangers, dont 2 000 Européens", avance le Financial Times. L'estimation la plus répandue des forces au sein de l'EIIL est de 15 000 hommes.

Au-delà des combats, comme en Syrie, l'EIIL s'efforce déjà de se substituer aux autorités centrales à Mossoul, conquise il y a une semaine. Les services publics interrompus lors des affrontements ont été rétablis. L'organisation a accepté de s'associer aux autres mouvements sunnites pour former un conseil militaire chargé d'administrer la deuxième ville du pays. Ils seraient désormais à la recherche d'un gouverneur. D'anciens membres de l'état-major de Saddam Hussein tiendraient la corde. En attendant, de premières règles islamiques ont été imposées.

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