Enjeu, stratégie, forces en présence : Cinq questions sur la bataille de Raqqa, en Syrie

Des membres des Forces démocratiques syriennes au nord de Raqqa, en Syrie, le 3 février 2017.
Des membres des Forces démocratiques syriennes au nord de Raqqa, en Syrie, le 3 février 2017. (RODI SAID / REUTERS)

Les Forces démocratiques syriennes ont affirmé, mardi, être entrées dans Raqqa, principal bastion du groupe État islamique en Syrie. La bataille s'annonce longue. Décryptage.

L'offensive des Forces démocratiques syriennes pour reprendre la ville de Raqqa des mains du groupe État islamique a commencé mardi 6 juin. Et la bataille sera longue car le groupe État islamique peut s'appuyer sur de nombreux tireurs embusqués et de nombreux kamikazes qui évoluent au milieu des civils. Raqqa, c'est le fief de l'organisation jihadiste en Syrie. Omar Ouahmane, le correspondant de franceinfo dans la région, décrypte cette offensive.

La bataille de Raqqa en Syrie a commencé : les explications d'Omar Ouhamane
--'--
--'--

Pourquoi est-ce si important de reprendre Raqqa ?

Raqqa est la capitale auto-proclamée de l'organisation État islamique. C'est la base arrière depuis laquelle les jihadistes ont pu lancer leurs opérations militaires et organiser de nombreux attentats comme ceux du 13 novembre 2015 à Paris. C'est à Raqqa qu'ils ont été planifiés.

Une internationale du jihad y a vu le jour en quelques mois. La ville est très proche de la frontière turque. Elle a attiré de très nombreux djihadistes du monde entier qui ont pu entrer en Syrie avec la plus grande facilité en passant par la Turquie. Raqqa est très vite devenue un bastion incontournable du groupe EI pour de nombreux étrangers qui s'y sont établis avec leurs familles dont, évidement, de très nombreux Français. Certains sont morts au combat ou lors de bombardements mais on ignore combien ils sont encore aujourd'hui car il est très difficile d'obtenir des informations fiables. L'organisation jihadiste a durci la surveillance de Raqqa pour empêcher les habitants de communiquer avec la coalition. On sait aussi que de nombreux cadres du groupe État islamique ont fui avec leurs familles en direction d'un autre fief de l'EI : Deir ez-Zor (est), près de la frontière irakienne. 

Depuis quand prépare-t-on cette offensive ?

La bataille a été très bien préparée, minutieusement. Une première phase de près de six mois a consisté à isoler la ville, à l'encercler en coupant les principaux axes de communication avec l'extérieur. Dans une deuxième phase, il a fallu prendre le contrôle, une par une, des villes qui se trouvent sur la route de Raqqa dont celle de Tabqa, connue pour abriter le plus grand barrage de Syrie.

L’offensive sur Raqqa, capitale syrienne autoproclamée du groupe État islamique (EI), a commencé mardi 6 juin 2017 à l’aube.
L’offensive sur Raqqa, capitale syrienne autoproclamée du groupe État islamique (EI), a commencé mardi 6 juin 2017 à l’aube. (VISACTU)

Comment l'EI va-t-il défendre Raqqa ? 

Les jihadistes sont environ 4 000 à 5 000. Comme à Mossoul, en Irak, ces jihadistes de Raqqa sont extrêmement bien préparés à défendre cette ville. Ces dernières années, ils ont eu le temps de creuser des tranchées et des tunnels. Ils ont armé la population car c'est une ville sunnite et les habitants voient d'un très mauvais oeil l'arrivée des Kurdes qui sont hors de leur zone d'influence. Les jihadistes ont également bénéficié d'un certain nombre de garnisons, conquises à l'armée syrienne, qui ont fourni énormément d'armement et de blindés. Enfin, ils ont également mis en place un système de drones piégés qui sera utilisé pour freiner l'avancée des forces démocratiques syriennes. 

Qui sont les Forces démocratiques syriennes (FDS) ? 

Cette armée a été créée en octobre 2015 avec le soutien des États-Unis. Elle est composée de près de 30 000 combattants bien entraînés et bien équipés militairement par les États-Unis. Cette alliance s'appuie sur des combattants arabes mais surtout sur les unités de protection du peuple kurde. Ces combattants kurdes, qui ont notamment remporté la bataille de Kobané (nord) en janvier 2015, ont convaincu Washington d'être les fers-de-lance de cette bataille de Raqqa, au grand dam de la Turquie qui qualifie ces combattants kurdes de "terroristes". Le contrat est simple : les FDS doivent reprendre la ville de Raqqa et la remettre à un conseil civil composé d'habitants locaux qui sera chargé d'administrer la ville.

Quel est le rôle de la coalition internationale ?

Comme pour la bataille de Mossoul en Irak, celle de Raqqa est soutenue par les forces spéciales américaines et françaises. Lorsqu'il était ministre de la Défense, l'actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian avait reconnu que la France avait envoyé des forces spéciales. Celles-ci sont chargées d'épauler les Forces démocratiques syriennes mais aussi d'éliminer les jihadistes français dangereux qui seraient tentés de rentrer au pays. Les États-Unis ont fourni des munitions, des armes, des fusils d'assaut et des véhicules blindés. La coalition offre également un soutien aérien.

Vous êtes à nouveau en ligne