Condamnation de Mélina Boughedir : "On ne règle rien en la jugeant comme ça, elle doit des comptes à la France"

Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak.
Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak. (AFP)

La Française a été condamnée à 20 ans de prison par la justice irakienne pour avoir rejoint Daech. Le collectif Familles unies dénonce un procès "extrêmement expéditif".

La France a pris acte de la condamnation, dimanche 3 juin, de la Française Mélina Boughedir à 20 ans de prison. La justice irakienne la reconnaît coupable d'avoir rejoint le groupe État islamique avec son mari. "Son procès ne s'est pas déroulé dans des conditions dignes dont la France pourrait s'honorer", a réagi sur franceinfo Véronique Roy, membre du collectif Familles unies et dont le fils, Quentin, est mort en Syrie. "Cela ne veut pas dire que l'Irak n'a pas le droit de la juger, mais la France doit le faire également", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Que vous inspire l'histoire de Mélina Boughedir ?

Véronique Roy : Je trouve cela extrêmement triste et préoccupant. Bien évidemment, elle a fait l'erreur de suivre son mari et de rejoindre un pays en guerre. Tout cela fait d'elle soit-disant une terroriste parce qu'elle a rejoint un groupe qualifié de terroriste. Les avocats n'ont même pas accès au dossier. Je pense que c'est une manière politique de traiter les choses, de dire qu'on veille au grain car le terrorisme fait peur à tout le monde. Mais ce n'est pas par la peur qu'on va régler les choses.

Je ne pense pas que ce soit une terroriste, bien que je ne sache pas ce qu'il y a dans son dossier. Être jihadiste, est-ce être terroriste ? Elle serait l'emblème de la peur terroriste mais on ne règle rien en la jugeant comme ça, d'autant plus qu'elle doit des comptes à la France. Elle était radicalisée déjà en partant, son mari était connu par les renseignements généraux. Les jeunes qui partaient avant partaient très facilement. Ce qui a posé problème à la France, c'est quand on a commencé à avoir des attentats.

La bonne solution était de rapatrier Mélina Boughedir pour la juger en France, selon vous ?

Absolument. Antérieurement à ce qui lui est reproché par les Irakiens, elle était recherchée en France. La France lui reproche des choses. Même si aujourd'hui il n'y a pas d'accord d'extradition, rien n'empêche d'en trouver. Par ailleurs, il semblerait que des émissaires diplomatiques français aient rencontré des représentants de la justice irakienne pour influencer ce deuxième procès alors que le premier avait été plus clément. C'est assez inquiétant.

Pensez-vous que l'opinion publique en France est assez hostile au retour des jihadistes en France pour qu'ils soient jugés ?

Bien sûr, et c'est principalement cela le problème. C'est une manière de rassurer l'opinion. On ne règle rien car le problème est endogène. La radicalisation est en France aussi. Le jihadisme est supporté par des gens en France aussi.

Nous, familles concernées, nous sommes en quête de vérité. C'est un fardeau lourd à porter que celui de savoir que son enfant a été radicalisé et est parti pour une cause qu'on ne comprend pas. C'est financé, c'est organisé, c'est prescrit. Il y a le jihad qu'on peut faire par l'immigration simple, c'est ce que peut-être a fait Mélina, et puis il y a ceux qui sont amenés à combattre. Posons-nous la question de savoir comment on en est arrivé là ? Malheureusement, le procès seul de Mélina Boughedir sans les chefs et les commanditaires, ceux qui sont à la tête de tout cela, ça ne sert rien.