Bangladesh : ce que l'on sait de l'attaque de l'Etat islamique qui a fait 20 morts

Un policier Bangladais blessé lors de la prise d\'otage à Dacca (Bangladesh) est évacué, le 1er juillet 2016. 
Un policier Bangladais blessé lors de la prise d'otage à Dacca (Bangladesh) est évacué, le 1er juillet 2016.  (AFP)

Francetv info fait le point sur la prise d'otages qui a ensanglanté la capitale du Bangladesh, dans la nuit de vendredi à samedi.

L'Etat islamique a attaqué la communauté d'expatriés vivant au Bangladesh. Des hommes armés ont attaqué un restaurant à Dacca, la capitale du pays, et ont tué 20 otages étrangers, vendredi 1er juillet dans la soirée. "Nous avons retrouvé 20 corps. La plupart ont été tués brutalement à coup d'armes tranchantes", a dit le porte-parole de l'armée, quelques heures après l'assaut donné par les forces de sécurité samedi 2 juillet au matin. Francetv info revient sur cet attentat sanglant revendiqué par l'Etat islamique.

Que s'est-il passé ?

Dans la soirée de vendredi, une dizaine d'individus lourdement armés avaient attaqué le restaurant Holey Artisan Bakery, situé dans le quartier chic de Gulshan dans la capitale du Bangladesh. En criant "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand), les assaillants ont fait irruption dans l'établissement vers 21h20.

Un cuisinier argentin du restaurant, Diego Rossini, qui a réussi à s'enfuir, est revenu sur ce "moment horrible" sur une chaîne de télévision argentine, C5N. "Ils avaient des armes automatiques et des bombes, a-t-il dit tout en décrivant sa fuite. J'ai senti les balles passer si près de moi, jamais je n'avais eu aussi peur de ma vie."

Selon les survivants, les preneurs d'otages ont séparé les Bangladais des étrangers, dans ce café très fréquenté par les expatriés. Hasnat Karim avait emmené toute sa famille dans le restaurant pour l'anniversaire de sa fille. Trop traumatisé pour parler, il a cependant raconté le déroulé de la soirée à son père qui a donné des détails à l'AFP : "les étrangers ont été emmenés à l'étage tandis que les Bangladais restaient autour d'une table".

"Ils ont mis les gens en ligne. Il devait y avoir 20 à 25 membres du personnel et 20 à 25 clients, ils ont ensuite éteint les lumières et la vidéosurveillance", a raconté à la chaîne indienne ABP un autre homme ayant réussi à prendre la fuite. La prise d'otages s'est achevée au bout de onze heures. Outre les otages, les corps de six assaillants ont été retrouvés à l'issue de l'assaut des forces antiterroristes. Ils étaient tous âgés d'une vingtaine d'années et portaient des pantalons à poches multiples contenant des bombes artisanales, a expliqué un responsable des forces de sécurité sous couvert d'anonymat.

Qui sont les victimes ? 

Lorsque les forces antiterroristes ont investi le bâtiment, le sol blanc du restaurant n'était plus qu'une mare de sang parsemée de corps. "Nous avons vu du sang un peu partout et avons été choqués par le carnage, a expliqué le même responsable des forces de sécurité. Une phrase était écrite sur le mur disant qu'Allah nous conduirait au Jannatul Ferdous (le paradis suprême)."

Les 20 victimes de cette prise d'otages sont des étrangers, pratiquement tous massacrés à coups de machette, a indiqué l'armée. Neuf Italiens (quatre hommes et cinq femmes) ont été tués dans l'attaque, selon le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni. Un ressortissant italien est porté disparu. Il se trouvait dans le restaurant au moment de l'attaque, mais n'a pas été identifié parmi les 20 victimes. Sept Japonais, un Américain et une étudiante indienne de 19 ans ont aussi été tués, selon les gouvernements des trois pays. 

Le commando terroriste semble avoir voulu viser particulièrement les étrangers. L'établissement est, en effet, très populaire auprès des expatriés, des diplomates et de l'élite aisée du Bangladesh. Treize otages ont pu être libérés. Deux Srilankais et un Japonais comptent parmi les rescapés.

Qui est derrière l'attentat ? 

Le groupe Etat islamique a rapidement revendiqué la prise d'otages, par l'intermédiaire de son l'agence de presse Amaq. L'organe de communication a diffusé des photos de corps baignant dans les sang, mais elles n'ont pu être authentifiées par les autorités pour le moment. Certains analystes ont cependant noté que le mobilier visible sur les photos semblait correspondre avec celui du restaurant.

Depuis dix-huit mois, le Bangladesh subit de nombreuses attaques jihadistes. L'Etat islamique ou Al Qaïda ont beau avoir revendiqué la plupart de ces assassinats, les autorités bangladaises estiment qu'il n'existe aucun lien opérationnel entre les islamistes du Bangladesh et les réseaux djihadistes internationaux.

Pour les responsables de la sécurité du pays, deux groupes locaux, Ansar al Islam et Jamaat-ul-Mujahideen, sont responsables des violences récentes. Le premier a prêté allégeance à Al Qaïda tandis que Jamaat-ul-Mujahideen affirme représenter l'Etat islamique. "En résumé, le Bangladesh compte de nombreux extrémistes, souvent sans affiliation, qui sont ravis de commettre des attaques au nom de l'Etat islamique", déclare Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du Sud au Wilson Centre à Washington.