Une banque libanaise visée par une explosion : le Hezbollah, principal suspect

L’attentat qui a visé l’une des plus importantes banques du Liban, serait, selon des observateurs, un avertissement du Hezbollah à la fermeture ou gel des comptes des individus et associations proches du parti chiite. Le Parti de Dieu n’a pas revendiqué l’attentat.

La bombe n’a pas fait de victime, c’est juste un avertissement. L’attentat, qui a visé dimanche 12 juin 2016 le siège de la Banque du Liban et d'Outre-Mer (Blom Bank), une des plus importantes du pays, serait lié aux sanctions adoptées le 17 décembre par le Congrès américain sur les banques finançant le Hezbollah. Selon L’Orient-Le Jour, l'établissement financier aurait gelé, quatre jours avant l’attentat, près d’une centaine de comptes liés au Hezbollah, dont celui de l’association al-Marrabat ainsi que la domiciliation des salaires de députés du Parti de Dieu.

 
Premier homme politique à faire le lien entre l’attentat et la décision américaine, le dirigeant druze Walid Joumblatt craint une recrudescence de la violence et appelle au calme: «Nous sommes entrés dans un cycle d'attentats. J'ai appelé à un dialogue calme au sujet des sanctions américaines. Certains ne veulent pas dialoguer mais il faut préserver le système bancaire». Le journal Al Akhbar, proche du Hezbollah, mène une campagne virulente contre «le chantage» américain. Washington a classé le parti de Nassan Nasrallah comme «organisation terroriste».

 
Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, confirme le gel ou la fermeture des comptes liés au Hezbollah, se conformant ainsi à la liste noire établie par l’OFAC, le Bureau des contrôles des avoirs étrangers du Trésor américain. Une circulaire de la Banque du Liban (Banque centrale), publiée le 3 mai demande aux institutions financières «d'opérer en conformité avec la  loi américaine». Le Hezbollah ne digère pas cette circulaire et accusé le gouverneur de se plier aux ordres de Washington.
 
Signature énigmatique
Le silence du Hezbollah, qui n’a ni infirmé ni confirmé être l’auteur de l’explosion, nourrit toutes les spéculations. L’attentat intervient, en effet, alors qu’il a engagé un bras-de-fer avec les banques qui viendraient à geler ses avoirs. Le ministère de l’Intérieur exclut la thèse de l’Etat islamique. «Cette explosion n'a rien à voir avec les précédents attentats» des dernières années, a affirmé le ministre Nouhad Machnouk. La bombe a explosé au moment de la rupture du jeûne, les rues étaient vides. L’objectif n'était pas de faire des victimes mais plutôt de lancer un signal d’alerte. 

Des politiques libanais se gardent bien de désigner le Hezbollah, une retenue qui n’empêche pas une forme de suspicion. «Sommes-nous au point où le Hezbollah peut perpétrer des attentats sans crainte de s'exposer ? Ou bien le véritable auteur de l'acte a-t-il utilisé la polémique entre le Hezbollah et le secteur bancaire pour se couvrir?», s’interroge un député du bloc parlementaire du Futur.
 
Dans un Liban paralysé par une crise institutionnelle depuis deux ans, les banques sont considérées comme le secteur le plus solide et un facteur de stabilité. 
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