"Nous voulons le grand changement" : après un mois de contestation, les Libanais à nouveau dans la rue pour réclamer "l’indépendance du peuple"

Un homme manifeste à Beyrouth sur la place des Martyrs, le 22 novembre 2019.
Un homme manifeste à Beyrouth sur la place des Martyrs, le 22 novembre 2019. (ANWAR AMRO / AFP)

La fête de l'Indépendance, au Liban, est marquée vendredi par le retour des Libanais dans la rue, après un mois de contestation sociale sans précédent qui dépasse pour la première fois depuis la fin de la guerre civile l’appartenance confessionnelle ou communautaire.

Pas de grand défilé militaire au Liban cette année pour la fête de l’Indépendance. Juste une parade au ministère de la Défense à Beyrouth. À la place, après un mois de contestation sociale, des défilés de civils, avec des dizaines de manifestations et d’évènements prévus partout dans le pays, de Tripoli, la grande ville sunnite du nord, à Nabatieh, son pendant chiite au sud, en passant par les régions chrétiennes.

Et, bien sûr, à Beyrouth, sur la place des Martyrs, en plein centre-ville, quartier général de la contestation où Sylvana, la soixantaine, est tous les jours depuis le 17 octobre"C’est un message très fort que nous envoyons, indique-t-elle. Nous disons que nous voulons notre indépendance, c’est-à-dire celle du peuple."

On n’arrêtera pas ce mouvement tant que nous n’aurons pas retrouvé un pays où il y a l’égalité et la justice pour tous…Sylvanaà franceinfo

Sur cette place des Martyrs où trône un poing levé tatoué du mot "révolution", il y a aussi Samia, qui fait cantine gratuite pour les manifestants depuis cinq semaines, sous une des tentes qui a envahi la place désormais occupée. "C’est notre fête, pas la leur : l’indépendance, c’est nous, maintenant", explique-t-elle. Cette mère de famille est prête pour cette grande journée de mobilisation, qui s’organise sans représentants et sans leaders, comme tout ce mouvement depuis le début. "On est tous ensemble, poursuit-elle. Nous sommes un réseau, une mosaïque, comme le Liban. Nous sommes une mosaïque de gens qui s’entraident. Certains se sont organisés par métier."

Tout le monde descend sur le terrain ici : c’est essentiel que nous soyons nombreux, tous pacifistes et que nous montrions un front uni.Samiaà franceinfo

Depuis la mi-octobre, le pays est confronté à une contestation sociale sans précédent, qui dépasse pour la première fois depuis la fin de la guerre civile il y a trente ans, l’appartenance confessionnelle ou communautaire.

Les Libanais dénoncent un État déliquescent, incapable d’offrir les services de base, une économie au point mort, qui pousse des milliers de jeunes à l’exil, et une classe politique, héritée de la guerre civile, qui est rongée par la corruption et le clientélisme. La classe politique  joue le pourrissement et le retour du jeu confessionnel.

"C’est l’indépendance du Liban !"

Mais la contestation tient à coup de manifestations, de pause ou d’actions ciblées. Narguilé dans la main, Habib, 23 ans, sera dans la rue toute la journée. "C’est l’indépendance du Liban ! Tous les Libanais doivent être ici pour dire à ces politiques que nous voulons le grand changement." Cela commencera par un gouvernement indépendant qui n’a toujours pas été nommé alors que le pays est au bord de la faillite et que la rue libanaise l’attend depuis trois semaines. Depuis qu’elle a fait démissionner le précédent cabinet.

Les Libanais à nouveau dans la rue pour réclamer l’"indépendance du peuple": reportage Aurélien Colly
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