Liban : "Le quotidien est une humiliation du lever au coucher" pour "plus de 50% de la population", s'indigne la romancière Dominique Eddé

Des manifestants dans le centre de Beyrouth (Liban), le 20 juillet 2020.
Des manifestants dans le centre de Beyrouth (Liban), le 20 juillet 2020. (JOSEPH EID / AFP)

Le pays vit la pire crise économique de son histoire, avec une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix ou encore des licenciements à grande échelle.

"Le quotidien est une humiliation du lever au coucher" pour "plus de 50% de la population" du Liban, s'est indignée la romancière et essayiste libanaise Dominique Eddé, vendredi 24 juillet sur France Inter, faisant part de sa "tristesse" et de sa "colère".

Le pays vit la pire crise économique de son histoire, avec une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix ou encore des licenciements à grande échelle. "C'est une humiliation sans nom" pour de nombreux Libanais qui ont des "difficultés à se nourrir" ou sont obligés "de devoir recourir à des réseaux de solidarité pour avoir de quoi faire vivre leurs enfants", a poursuivi Dominique Eddé, autrice notamment de Lettre posthume (1989) et de Cerf-volant (2004) pour lesquels elle a reçu des prix.

Un soulèvement populaire inédit

Près de la moitié de la population libanaise vit dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage, selon des statistiques officielles. Le ras-le-bol a déclenché en octobre 2019 un soulèvement populaire inédit contre la classe politique accusée de corruption.

Les Libanais "se sont retrouvés pour un grand nombre, par centaines de milliers, émerveillés et ahuris au moment d'octobre dernier, de voir qu'ils vivaient la même chose et qu'ils avaient tout pour s'entendre", a enchaîné Dominique Eddé. "Et ce sont les mêmes qui, aujourd'hui, découvrent que ce mouvement de retrouvailles, de reconnaissance, toute l'imagination, toute la poésie dont il a accouché, compte littéralement pour du beurre aux yeux des chefs de clan, qui continuent à se couvrir les uns les autres. C'est terrible."

Il y a quelques jours, la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a alerté sur une situation qui devient rapidement hors de contrôle au Liban. Selon elle, les Libanais les plus vulnérables "risquent de mourir de faim en raison de cette crise".

"Il y a des poches de famine", a confirmé Dominique Eddé. "Je ne dis pas que le pays entier est affecté par la famine, mais il y a des poches. Et il y a des réseaux de solidarité qui sont un des capitaux très positifs de ce pays à terre. Il y a cette forme de solidarité qui fait que, malgré tout, il y a du recours. Mais il faut bien voir que si les choses dégringolent à ce rythme et si ce pouvoir continue à s'entêter dans sa surdité, oui, on va avoir les cas dont vous parlez", a estimé l'écrivaine.

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