Nouvel incendie à Beyrouth : "Ce qui s'est passé était une sorte de rappel très funeste et très macabre de l'explosion du 4 août", analyse un politologue

Joseph Bahout sur franceinfo le 16 janvier 2020.
Joseph Bahout sur franceinfo le 16 janvier 2020. (FRANCEINFO)

Le politologue Joseph Bahout explique jeudi 10 septembre sur franceinfo que "les séquelles de l'explosion du 4 août sont encore entièrement ouvertes", alors qu'un nouvel incendie s'est déclaré sur le port de Beyrouth, au Liban.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui était une sorte de réminiscence ou de rappel très funeste et très macabre de l'explosion du 4 août", a expliqué jeudi 10 septembre sur franceinfo Joseph Bahout, directeur de l’Institut Issam Fares pour les politiques publiques à l’université de Beyrouth, alors qu'un énorme incendie s'est déclaré dans le port de la capitale libanaise, cinq semaines après les explosions meurtrières qui ont dévasté une partie de la ville.

Pour les Libanais, "c'est un syndrome de répétition" et la situation devient "très dure". Joseph Bahout souligne que "les séquelles de l'explosion du 4 août sont encore entièrement ouvertes. Il y a une grande partie de la population des quartiers dévastés qui est toujours sans toit, qui est toujours en train de réparer presque toute seule ces habitations sans aucune aide publique ou aide étatique. La seule aide provient d'ONG qui bricolent une sortie de secours."

Un pays "sans gouvernement"

Politiquement, le pays est "sans gouvernement" avec un Premier ministre qui a été nommé "grâce à un tout petit peu d'électrochoc de la visite du président Macron. Mais depuis, la vie politique est encore entièrement en friche", estime le politologue.
Les Libanais expriment "une colère sourde". "La colère a laissé place à un très fort sentiment de désespoir et de fatigue assez profond. En temps normal, dans un pays normal, ce qui s'est passé depuis un mois jusqu'à aujourd'hui aurait poussé la population à descendre dans la rue, à réclamer des comptes, à peut-être même investir les bâtiments publics par la force."

Mais les habitants restent "léthargiques, comme si les gens étaient sonnés". Pour Joseph Bahout, les Libanais sont "désespérés d'attendre quoi que ce soit d'un État dont ils pensent aujourd'hui qu'il est complètement mort. Ce sont en fait les mécanismes de solidarité implicite, parallèle, sociaux qui prennent le relais de l'incurie généralisée de l'État."

Un incendie pour "gommer les preuves" ?

Le politologue déplore par ailleurs que, plus d'un mois après l'explosion, "on ne sait toujours rien". Selon lui, cela "nourrit les narratifs ou les récits fantasmatiques sur les origines de l'incendie" de cet après-midi. Plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer l'incendie de ce jeudi, comme "la piste de la négligence, la piste de la chaleur, même si elle peut faire sourire, parce que je ne pense pas que c'est ce qui peut expliquer un incendie de ce type".

Il évoque un troisième scénario "très fréquent sur les langues à Beyrouth, c'est la piste de la tentative de gommer les preuves, les traces physiques de l'origine de l'explosion du 4 août". Il rappelle que le Liban "a refusé une enquête internationale, mais il a accepté une aide technique internationale, essentiellement française et américaine pour faire la lumière sur ce qui s'est passé le 4 août. Et pour faire la lumière sur ce qui s'est passé le 4 août, il faut quand même avoir accès au terrain à certaines choses qui sont encore sur le théâtre de cette explosion. Et c'est exactement ça qui a brûlé il y a une semaine, et encore aujourd'hui." Joseph Bahout reconnaît que "si on peut penser que c'est de la paranoïa aiguë de la part des Libanais, on peut parfois se demander s'ils n'ont quand même pas raison."

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