Emmanuel Macron au Liban : qu'est-ce qui a changé en un mois, depuis sa première visite après l'explosion dans le port de Beyrouth ?

Le président Emmanuel Macron serre dans ses bras une Libanaise pendant sa visite à Beyrouth, le 6 août 2020, deux jours après l\'explosion meurtrière dans le port de la capitale du Liban.
Le président Emmanuel Macron serre dans ses bras une Libanaise pendant sa visite à Beyrouth, le 6 août 2020, deux jours après l'explosion meurtrière dans le port de la capitale du Liban. (AFP)

Un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib, a été désigné par les responsables politiques libanais, quelques heures avant l'arrivée du président français dans la soirée de lundi.

Près d'un mois après une première visite express, Emmanuel Macron est de retour au Liban. Le président atterrit lundi 31 août au soir, pour la deuxième fois depuis l'explosion meurtrière dans le port de Beyrouth le 4 août dernier. Lors de son précédent séjour, au surlendemain de la catastrophe qui a fait 188 morts, le président français avait pressé les dirigeants libanais de constituer rapidement un "gouvernement de mission" pour sortir le pays de la crise économique et politique. Or, en trois semaines, peu de choses, ou presque, ont réellement évolué.

Le principal changement réside dans la nomination d'un nouveau Premier ministre, quelques heures avant l'arrivée d'Emmanuel Macron à Beyrouth. L'ambassadeur du Liban en Allemagne, Moustapha Adib, 48 ans, remplace Hassan Diab, qui avait démissionné le 10 août. Le nouveau chef du gouvernement a obtenu l'aval des principaux blocs parlementaires, notamment celui du parti présidentiel, le Courant patriotique libre, et de ses deux alliés chiites, le Hezbollah pro-iranien et le mouvement Amal. 

Une nomination pour gagner du temps ?

Aussitôt désigné, Moustapha Adib s'est engagé à former en un "temps record" une équipe ministérielle formée d'"experts" et de personnes "compétentes". Cette équipe sera chargée de mettre en œuvre des "réformes" longtemps attendues. "La tâche que j'ai acceptée repose sur le fait que toutes les forces politiques (...) sont conscientes de la nécessité de former un gouvernement en un temps record et de commencer à lancer des réformes, avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international", a-t-il déclaré lundi dans un discours télévisé.

Peut-il réussir ? Interrogée par franceinfo, Agnès Levallois, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et vice-présidente de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo), se dit "très sceptique". "C'est un inconnu, sans réseaux, mais il a été chef de cabinet du député de Tripoli Najib Mikati, un ancien premier ministre [et milliardaire] qui fait partie du système. Le mouvement de contestation populaire [qui rejette la classe politique depuis des mois] n'acceptera pas cette nomination", estime-t-elle. Avant d'ajouter : "C'est sorti du chapeau parce qu'Emmanuel Macron arrive à Beyrouth. La seule chose qui intéresse les actuels dirigeants libanais, c'est que l'aide économique parvienne au pays. Ils essaient de gagner du temps avec cette nomination, mais celle-ci n'a aucun sens."

Le président Aoun appelle à réformer le système

Autre changement, le président Michel Aoun, 85 ans, sourd jusque-là aux appels à réformer, a reconnu la nécessité de modifier en profondeur le système politique du pays. De plus en plus conspué depuis la catastrophe du 4 août, le chef de l'Etat libanais a même appelé à proclamer un "Etat laïque", reprenant ainsi à son compte une des revendications de la rue. "L'Etat laïque, c'est le fer de lance des revendications portées par le mouvement de contestation", explique encore Agnès Levallois.  

Les manifestants ne veulent plus que l'Etat soit géré par ce système communautaire qui a mené le Liban à sa ruine.Agnès Levallois, spécialiste du Proche-Orientà franceinfo

Le Liban, qui célébrera, dans une triste ambiance, son centenaire mardi 1er septembre, est une République parlementaire où les pouvoirs politiques et administratifs sont répartis selon la proportion de chaque communauté religieuse. Dans un pays exsangue où le taux de pauvreté a explosé, ce confessionnalisme, qui alimente la corruption et le clientélisme, est désormais dénoncé comme insupportable par de nombreux Libanais.

"C'est un système où les chefs de communauté se répartissent l'argent et le redistribuent à leur communauté, développe la chercheuse. Mais aujourd'hui, avec la crise financière, il n'y a plus d'argent, donc plus rien à distribuer. Le système s'écroule, il est à bout de souffle." Prendre pour argent comptant les déclarations de Michel Aoun, c'est néanmoins "une autre paire de manches", commente Agnès Levallois. Il s'agirait surtout de "faire plaisir à Emmanuel Macron" et à la communauté internationale en se montrant prêt à évoluer. Le FMI a en effet posé une condition sine qua non au versement de toute aide au Liban : la mise en place de réformes profondes. Une nécessité soulignée depuis par Emmanuel Macron, comme par les autres responsables étrangers qui se sont succédé à Beyrouth.

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