La guerre des roquettes du Hamas

Cinq roquettes partent depuis la bande de Gaza, le 15 novembre 2012.
Cinq roquettes partent depuis la bande de Gaza, le 15 novembre 2012. (JACK GUEZ / AFP)

Depuis l'opération Plomb durci en 2008, le mouvement islamiste a développé un important arsenal, notamment avec des armes iraniennes.

GAZA - Les guerres se suivent et ne se ressemblent pas tout à fait entre le Hamas et Israël. Certes, l'opération "Pilier de défense" sur la bande de Gaza rappelle "Plomb durci" de 2008. Notamment par sa concomitance avec une campagne électorale en Israël. Mais, cette fois, la pluie de roquettes du Hamas et du Jihad islamique n'a pas la même densité qu'il y a quatre ans.

Foreign Policy (en anglais) relève que 600 roquettes avaient été tirées par des Palestiniens en 22 jours d'opération Plomb durci en 2008-2009. Lundi 19 novembre 2012, après six jours de violences, le dernier décompte de l'Agence France-Presse fait état de plus de 850 roquettes tirées depuis Gaza. Pour sa part, l'armée israélienne revendique avoir touché 1 350 cibles. Si les capacités militaires sont loin d'être comparables, le Hamas semble avoir augmenté sa capacité de nuisance.

Des armes d'un nouveau type

Car à la quantité s'ajoute maintenant la qualité de l'armement. Les premières roquettes lancées depuis Gaza en 2001 (la bande était encore occupée par Israël) étaient de fabrication artisanale. Appelées Qassam, du nom de la branche armée du Hamas qui faisait alors son apparition, elles ont une portée de 17 kilomètres, comme le montre cette infographie de la BBC. Aujourd'hui, la donne a changé. Depuis le retrait d'Israël de la bande de Gaza, des armes plus sophistiquées ont pénétré par des tunnels dans la région sous blocus depuis juin 2007. Surtout après l'expulsion du Fatah par le Hamas.

Ainsi, pour la première fois depuis plusieurs dizaines d'années, des sirènes ont retenti à Tel Aviv et à Jérusalem ces jours derniers sans que des roquettes n'y fassent toutefois de victimes. En cause, des modèles iraniens Fajr-5 ("aube" en arabe et persan) développés début 2006. Si l'imprécision de ces armes demeure (il faut en envoyer beaucoup pour qu'elles touchent une cible), elles ont une portée nettement plus importante : jusqu'à 75 kilomètres. Dans une vidéo, la chaîne Al-Manar, proche du Hezbollah, détaille les nouvelles capacités militaires palestiniennes.

Frapper l'opinion

Pour que ces roquettes aillent encore plus loin, les Palestiniens leur retireraient même leurs charges explosives, selon l'agence Reuters reprise par le quotidien israélien Haaretz (en anglais)"Le prestige de déclencher les sirènes loin en Israël et d'être perçu comme ayant les moyens de riposter est aussi important pour eux que de répandre notre sang", évalue un responsable israélien interrogé par l'agence de presse. Plus que de toucher une cible, il s'agit donc d'atteindre les médias. Dans cette guerre asymétrique, les Gazaouis ne cherchent pas à gagner le combat, mais à marquer les esprits.

Selon le New York Times (en anglais), au déclenchement de l'opération Pilier de défense, le Hamas disposait d'une centaine de ces roquettes à moyenne portée, sans compter des missiles Grad. Une grande partie a certainement été détruite, bien que les lanceurs soient situés sous le sol. Des vidéos reprises ou communiquées par Tsahal, l'amrée israélienne, montrent comment ces roquettes de plus de 6 mètres et lourdes de près d'une tonne sont dissimulées dans des souterrains.

L'armée israélienne affirme qu'elles sont situées dans des zones fortement peuplées, dans le but de protéger les sites de lancement. Il s'agirait de se servir de la population comme d'un bouclier humain. Envoyé spécial du Figaro, Adrien Jaulmes confirme que des roquettes sont tirées "depuis la ville". Il rapporte aussi une rumeur "difficile à vérifier", selon laquelle le Hamas aurait préparé un réseau de galeries pour pouvoir rapidement disparaître avant une riposte.

L'acheminement des roquettes

Les armes iraniennes sont envoyées par bateau au Soudan, convoyées en camion à travers le désert jusque dans le très poreux Sinaï et enfin envoyées par des tunnels dans la bande de Gaza. Là, elles sont assemblées. D'après des responsables israéliens contactés par le New York Times, cela implique notamment que le Hamas a des agents sur la route, que des experts iraniens voyagent avec de faux passeports ou encore que le Soudan participe, sinon tolère, de faire transiter les roquettes. Par ailleurs, les Palestiniens auraient bénéficié de quelques armes issues des stocks d'armes libyens.

Le chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, dont l'assassinat par un drone israélien a marqué le déclenchement de Pilier de défense, aurait été un élément clé de ce dispositif. Déjà, en 2010, un responsable du mouvement islamiste avait été assassiné dans un hôtel de Dubaï. D'après le New York Times, il était soupçonné de participer à la chaîne d'approvisionnement en armes de Gaza. Le mois dernier, le Soudan a également dénoncé le bombardement d'une usine de munitions par Israël, a rapporté Egypt Independent (en anglais). D'après Foreign Policy (en anglais) enfin, les services secrets auraient récemment pris conscience du nombre d'armes iraniennes parvenant à Gaza. Autant de faits qui témoignent de l'inquiétude grandissante des Israéliens. Dans ce contexte, l'intervention s'inscrirait notamment dans la volonté de réduire les capacités militaires de la bande de Gaza en touchant les dépôts de munitions et les sites de lancement de roquettes.

Le dôme de fer

Par ailleurs, Israël n'a pas attendu de frapper Gaza pour se préoccuper des tirs de roquettes. Le pays a développé avec l'aide des Etats-Unis "Iron Dome" (en anglais), le dôme de fer, un dispositif antimissiles. Jugé plutôt efficace, il a été créé après les attaques de roquettes du Hezbollah, depuis le Liban, explique un expert à Slate. Entré en service en avril 2011, il repère les tirs de roquettes au moyen d'un radar, analyse leur trajectoire, évalue leur point d'impact. Un opérateur doit ensuite rapidement décider s'il faut lancer un missile intercepteur depuis l'une des cinq batteries du dispositif. Chaque tir coûte 50 000 dollars (39 000 euros).

Toutefois, il ne peut intercepter toutes les roquettes. Trois civils israéliens ont été tués à Kiryat Malachi, non loin de la bande de Gaza, jeudi 15 novembre.

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