L'Iran veut transformer les femmes en "machines à faire des enfants", dénonce Amnesty International

Des femmes attendent le métro à Téhéran (Iran), le 15 septembre 2014.
Des femmes attendent le métro à Téhéran (Iran), le 15 septembre 2014. (OLEKSANDR RUPETA / NURPHOTO / AFP)

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a demandé aux autorités de prendre des mesures afin d'augmenter le nombre de naissances. Son objectif : que le pays passe de 77 à 150 millions d'habitants en cinquante ans. 

L'Iran considère les femmes comme "des machines à faire des enfants", selon Amnesty International. L'ONG dénonce deux projets de loi qui visent à relancer la natalité en Iran, dans un rapport publié mercredi 11 mars. Amnesty appelle les autorités à "déchirer" ces textes, qui "piétinent les droits fondamentaux des femmes".

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a demandé aux autorités de prendre des mesures afin d'augmenter le nombre de naissances. Son objectif : doubler la population du pays d'ici cinquante ans, et ainsi la faire passer de 77 millions actuellement à 150 millions en 2065. "Les autorités s'ingèrent dans leur vie privée [des femmes] en tentant de contrôler leur corps et de leur dire combien d'enfants elles doivent avoir", a réagi Hassiba Hadj Sahraoui, directrice-adjointe d'Amnesty pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Un accès à l'emploi plus difficile pour les femmes sans enfants

Le projet de loi "sur la population et l'exaltation de la famille", qui doit être examiné au Parlement, rendrait plus difficile l'accession à un emploi pour les femmes incapables ou non désireuses d'avoir un enfant. Car il obligerait les sociétés publiques et privées à embaucher en priorité, pour certains postes, les pères de famille, puis les hommes mariés sans enfant, et les mères de famille, selon Amnesty.

La procédure de divorce plus compliquée

Il rendrait aussi la procédure de divorce plus compliquée et limiterait l'action de la police et de la justice dans les conflits familiaux, ouvrant la voie à un risque accru de violences domestiques, selon l'ONG. Elle rappelle que les femmes qui demandent le divorce doivent prouver qu’elles sont en butte à des "difficultés insupportables". Les hommes peuvent, eux, divorcer sans fournir le moindre motif.

Mais "le projet de loi incitera les juges à se prononcer contre le divorce, en leur accordant des primes en fonction du pourcentage d’affaires qui se soldent par la réconciliation des époux", précise aussi Amnesty.

Bloquer l'information et l'accès à la contraception

Un autre texte "pour empêcher le déclin de la population" veut interdire la stérilisation et bloquer l'information et l'accès à la contraception. "Cette mesure se traduirait par une augmentation des grossesses non désirées, contraignant un nombre accru de femmes à se tourner vers un avortement illégal et hasardeux, écrit Amnesty. La restriction de l’accès aux préservatifs se traduirait également par une recrudescence des maladies sexuellement transmissibles, notamment du VIH."

Par ailleurs, l'avortement reste interdit en Iran, sauf pour des cas particuliers. Ce texte a été voté par les députés en juin 2014, mais des amendements sont toujours en discussion.

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