Mort du journaliste Jamal Khashoggi : la version de l'Arabie saoudite divise

Des manifestants brandissent le portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 9 octobre 2018 à Istanbul (Turquie).
Des manifestants brandissent le portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 9 octobre 2018 à Istanbul (Turquie). (OSMAN ORSAL / REUTERS)

L'Arabie saoudite a reconnu samedi que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont la disparition avait eu un retentissement mondial, avait été tué à l'intérieur du consulat saoudien à Istanbul.

Crédible pour le président américain, troublante pour le patron de l'ONU : la confirmation par l'Arabie saoudite de la mort du journaliste Jamal Khashoggi provoque émotion et interrogations sur la version de Riyad. Le royaume a annoncé samedi 20 octobre que Khashoggi avait été tué à l'intérieur de son consulat à Istanbul lors d'une rixe.

A un journaliste qui lui demandait s'il jugeait cette version "crédible", Donald Trump, en déplacement dans l'Arizona, a répondu : "Oui, oui""Encore une fois, il est tôt, nous n'avons pas fini notre évaluation ou enquête, mais je pense qu'il s'agit d'un pas très important", a-t-il ajouté en se référant aux révélations saoudiennes.

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Critique envers le prince héritier, Jamal Khashoggi, 59 ans, vivait en exil aux Etats-Unis depuis 2017. Sa disparition, le 2 octobre au consulat d'Istanbul, a suscité une crise internationale. Ménageant dans un premier temps le royaume sunnite au nom des intérêts stratégiques communs, Donald Trump avait admis pour la première fois jeudi que le journaliste était très probablement mort, menaçant l'Arabie saoudite de "très graves" conséquences.

Après les révélations sur la mort de Jamal Khashoggi par Riyad, le président américain a dit "préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600 000 emplois", allusion à des contrats militaires passés avec l'Arabie saoudite.

Des élus américains sceptiques

Sarah Sanders, porte-parole de l'exécutif américain, a présenté les "condoléances les plus sincères" de la Maison Blanche à la famille, la fiancée et les amis de Jamal Khashoggi, précisant que les Etats-Unis étaient "attristés" d'apprendre sa mort. "Les Etats-Unis prennent note de l'annonce par le royaume d'Arabie saoudite que l'enquête sur le sort de Jamal Khashoggi progresse et qu'il a entrepris des actions à l'encontre des suspects qui ont été pour l'instant identifiés", a-t-elle ajouté.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié du président Trump, était, lui, beaucoup plus circonspect à propos des circonstances de ce décès. "Dire que je suis sceptique sur la nouvelle version saoudienne est un euphémisme", a-t-il tweeté. "Il est difficile de trouver cette dernière 'explication' crédible", a ajouté, dans un autre tweet, cet élu de Caroline du Sud.

Autre sénateur républicain, Bob Corker a dit douter de la crédibilité des autorités saoudiennes, qui avaient auparavant répété que Khashoggi était sorti vivant du consulat. "L'histoire que les Saoudiens ont racontée à propos de la disparition de Jamal Khashoggi continue à changer chaque jour, donc nous ne devrions pas prendre leur dernière version pour argent comptant", a tweeté Bob Corker, président de la commission des Affaires étrangères au Sénat. 

Le secrétaire général de l'ONU "profondément troublé"

Mike Coffman, un représentant républicain qui connaît une campagne difficile en vue de sa reconduction lors des élections du 6 novembre, a quant à lui estimé que les Etats-Unis devaient "défendre [leurs] valeurs et exiger que [leurs] 'alliés' respectent les droits humains". L'élu du Colorado, membre de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, a en outre exhorté Donald Trump à rappeler l'ambassadeur américain par intérim en Arabie saoudite. Le président doit encore nommer un ambassadeur à Riyad.

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Bob Menendez, membre démocrate de la commission des Affaires étrangères au Sénat, a, lui, estimé que les Etats-Unis devaient sanctionner les Saoudiens impliqués. "Même si Khashoggi est mort en raison d'une altercation, rien n'excuse son meurtre, a-t-il tweeté. C'est loin d'être la fin [de l'affaire] et il faut que nous maintenions la pression internationale." 

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit "profondément troublé par la confirmation de la mort de Jamal Khashoggi", selon un communiqué des Nations unies, et "souligne la nécessité d'une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances du décès". La rapidité de la réaction d'Antonio Guterres après l'aveu saoudien tranche avec la prudence observée jusqu'alors à l'ONU depuis début octobre.

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