La disparition de Jamal Khashoggi "a déjà des répercussions économiques" selon un spécialiste

Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014, lors d\'une conférence à Manama (Bahreïn).
Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014, lors d'une conférence à Manama (Bahreïn). (MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP)

La disparition de Jamal Khashoggi, depuis le 2 octobre 2018, suscite de nombreuses réactions internationales et notamment des décisions de boycott d'un forum économique mondial organisé par l'Arabie saoudite.

L'affaire Khashoggi "a déjà des répercussions économiques", explique vendredi 19 octobre sur franceinfo, David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique. Le boycott d'un forum économique mondial organisé par l'Arabie saoudite est directement lié à la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier, après son entrée dans le consulat saoudien d'Istanbul. Le journaliste s'était exilé aux États-Unis en 2017, après être tombé en disgrâce à la cour du prince saoudien héritier Mohammed ben Salmane. 

franceinfo : Le boycott de ce "Davos du désert" est-il symbolique ou peut-il avoir de réelles répercussions économiques ?

David Rigoulet-RozeCela a déjà des répercussions économiques. Le "Davos du désert" est littéralement déserté par tout le gotha du monde des affaires, de la finance, des investisseurs institutionnels, et même des décisionnaires politiques du domaine économique. Le secrétaire au Trésor américain a décidé de différer son déplacement. C'est un signe fort parce que jusqu'à présent l'administration Trump avait fait preuve d'une certaine compréhension, d'aucuns parlaient de complaisance, envers les autorités saoudiennes.

Les États-Unis et la France peuvent-ils se passer économiquement d'un partenaire comme l'Arabie saoudite ?

C'est la contradiction principale. Le président Trump a évoqué dès le 14 octobre cette réalité, en disant que si l'on devait remettre en cause l'ensemble des contrats, ils se puniraient eux-même (…) Et Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, qui a différé son déplacement, a dit que Ryad et l'Arabie saoudite demeuraient tout de même des partenaires stratégiques pour la France et que cela ne remettait pas en cause ce partenariat.

L'Arabie saoudite est le 22ème partenaire commercial de la France. Est-ce un partenariat si important ? 

Ce n'est pas le partenaire principal. Mais au-delà de cela, il y a un enjeu considérable avec les acteurs privés. (…) L'enjeu pour l'Arabie saoudite était d'attirer les capitaux. Or, quand on regarde les chiffres, les investissements directs étrangers sont tombés : en 2016, ils étaient de 7,5 milliards de dollars, l'année dernière, ils étaient de 1,4 milliard. (…) Aujourd'hui, cela prend une forme de défiance, et cela peut hypothéquer le projet "vision 2030" du prince Mohammed ben Salmane.

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